A chaque nouveau comité social et économique (CSE) son lot d'informations. Après avoir annoncé s’attendre à 2800 départs volontaires d’ici à 2027, la direction de STMicroelectronics a précisé, lors d’une réunion avec les représentants du personnel mardi 29 avril, que 1000 d’entre eux devraient concerner la France. Sur 12200 salariés dans l’Hexagone et 50000 dans le monde. L’information, révélée par «Ici Touraine», a été confirmée à L’Usine Nouvelle par la direction et les syndicats.
«Nous ne pouvons pas être plus précis sur les sites ou les services concernés car il s’agit uniquement de départs volontaires, qui vont se définir dans les trois prochaines années, précise à L’Usine Nouvelle la direction du fabricant franco-italien de semi-conducteurs. Il faut laisser le temps aux salariés de prendre connaissance de la GEPP [démarche de Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels, NDLR], et au dialogue avec les représentants du personnel de se faire.»
Des formations pour la reconversion
A ces départs volontaires, vont s'ajouter les départs naturels. Si la direction ne communique sur ce point aucun chiffre, Henri Errico, secrétaire CGT du comité de groupe européen de STMicroelectronics, est catégorique. «En calculant par rapport aux années précédentes, la direction s’attend à environ 300 départs naturels par an, ce qui porterait à 1900 le nombre de départs en France d’ici à 2027.»
Par ailleurs, la direction de ST évalue à 2500 le nombre de salariés qui devraient changer de poste dans les trois ans pour suivre le plan de transformation de l’entreprise, décidé à l’automne face à une conjoncture difficile et de mauvais résultats financiers. Ce plan prévoit en effet de restructurer plusieurs usines. Le site de Crolles 200 (Isère), dédié à la production de plaquettes silicium en 200 mm, doit fermer pour être reconverti en usine de tri des plaquettes par exemple. Celui de Tours (Indre-et-Loire) devrait perdre l'activité dédiée aux puces en nitrure de gallium (excepté l'étape d'épitaxie), mais hériter d’une nouvelle dédiée à l’encapsulation des puces. «Des mesures de formation pour la reconversion et la montée en compétences vont être prises et nous considérons qu’elles devraient concerner 2500 personnes», a confirmé à L’Usine Nouvelle la direction de ST.
La mégafab de Crolles déjà en perte de vitesse ?
Pas de quoi rassurer les syndicats, qui voient encore trop de questions sans réponses. «Quel est le gap entre le nombre de salariés aujourd’hui en activité sur Crolles 200 et celui nécessaire à la future activité de tri ? La direction refuse de nous répondre sur ce point», s’inquiète par exemple une déléguée syndicale CGT. Il y a fort à parier qu’une partie de ces salariés seront réorientés (sur la base du volontariat) vers l’usine de Crolles 300, dédiée à la production en 300 mm et présentée comme un relais de croissance.
Sauf que les syndicats ont appris, début avril, la révision à la baisse des prévisions de croissance pour cette mégafab. L’objectif d’atteindre 20000 plaquettes par semaine a été reporté de trois ans, à 2030. Pour 2027, ST ne parie plus que sur une production de 14000 plaquettes par semaine. Sûrement une conséquence du retrait, pour l’instant informel, de son partenaire américain Global Foundries, qui devait participer à cette mégafab mais ne donne plus de nouvelles.
«C’est pareil pour le site de Tours : quel va être le volume de la nouvelle activité de packaging et le nombre de salariés nécessaires ? Là encore on ne sait pas», poursuit la syndicaliste. Avec enfin une dernière interrogation : le plan de transformation doit durer trois ans mais que va-t-il se passer si l’activité reprend entre-temps ? «ST prévoit de déplacer des équipements, par exemple de Crolles 200 à Rousset (Bouches-du-Rhône), sauf que cela va prendre des mois, car il faut derrière les requalifier, observe Henri Errico. Si la demande pour les semi-conducteurs reprend fin 2025, ST ne sera pas en mesure d'y répondre, sauf à arrêter son plan de transformation.» Or avec un bénéfice net en chute de 89% au premier trimestre 2025, le fabricant de semi-conducteurs estime être au fond du bas de cycle. Et espère donc une reprise du secteur prochainement.



