Des économies d’au moins 300 millions de dollars en trois ans. Une baisse des effectifs dans les fonctions supports et la R&D via des départs volontaires et le non-remplacement de départs en retraite. Une restructuration de l’empreinte industrielle en investissant en Chine et en recentrant les sites historiques français et italiens sur de nouvelles technologies. Voilà ce que contient visiblement le nouveau projet d’entreprise de STMicroelectronics, annoncé officiellement en octobre et dont les contours se dessinent progressivement.
Avec ce projet, qui vise selon la direction à «remodeler notre implantation industrielle», le fabricant franco-italien de semi-conducteurs entend sortir de sa mauvaise passe et préparer son avenir. Son annonce à l’automne anticipait les mauvais résultats financiers dévoilés en janvier, avec un chiffre d’affaires 2024 en baisse de 23% par rapport à l’année précédente. L’ambition d’atteindre les 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires entre 2025 et 2027 a, elle, été repoussée à 2030.
Un bas de cycle qui se prolonge
Alors qu’une partie du secteur des semi-conducteurs se porte bien, tirée par la demande pour les datacenters et l’intelligence artificielle, STMicroelectronics est lui plongé dans un bas de cycle qui se prolonge douloureusement. Cela s’explique par les difficultés du marché de l’automobile – dont il est très dépendant –, liées à la chute des ventes de voitures électriques, et par une décarbonation de l’industrie plus lente qu’espérée. Une situation aggravée par un phénomène de surstockage. Pénalisés par les pénuries de semi-conducteurs pendant la crise du Covid puis la guerre en Ukraine, les clients industriels ont depuis stocké massivement pour éviter toute nouvelle pénurie, retardant aujourd’hui la reprise de la demande.
Le nouveau projet d’entreprise vise donc à redresser la barre. Son premier pilier consiste à «redimensionner la base de coûts globale» du groupe. Autrement dit, ST prévoit d’économiser entre 300 et 360 millions de dollars d’ici à la fin 2027. Pour y arriver, l’entreprise compte réduire ses dépenses discrétionnaires, mais aussi ses coûts de main-d'œuvre. Fin janvier, Bloomberg évoquait jusqu’à 3000 suppressions de postes dans les usines françaises et italiennes du fabricant de semi-conducteurs. Un chiffre qui n’a été ni confirmé ni démenti.
Un départ à la retraite sur trois serait remplacé
L’entreprise évoque des «programmes d'accompagnement de fin de carrières, sur la base du volontariat, au sein des organisations SG&A (frais commerciaux, généraux et administratifs) et R&D». «Nous tirerons également parti de l'attrition», indique-t-elle. Autant d’éléments évoqués par la direction auprès des élus du personnel lors d’une réunion du CSE central le 11 février.
«Ce qu’on comprend, c’est que seul un départ à la retraite sur trois sera remplacé et que des aménagements de fin de carrière, avec de la mobilité interne, externe et des départs anticipés à la retraite, seront proposés chez les salariés hors manufacturing», explique un délégué syndical, présent lors de cette réunion. Les services supports et la R&D représentent environ 5000 personnes, sur 12200 en France, chiffre cette source, qui s’inquiète de voir la R&D réduite, craignant pour les capacités d’innovation du groupe. «Pour les salariés du manufacturing, on devrait avoir davantage d’informations en mars ou en avril», complète-t-elle.
Le silicium en 200 mm bientôt produit en Chine ?
L’autre pilier de la transformation de STMicroelectronics est une revoyure de l’outil industriel. L’entreprise explique vouloir renforcer ses capacités de production dans les deux dernières générations de gravure, celle sur silicium en 300 millimètres – en référence au diamètre des galettes (wafers) de silicium – et celle en carbure de silicium en 200mm. Les capacités de production en 300 mm devraient être renforcées sur deux sites, celui d’Agrate en Italie et celui de Crolles en Isère. Celles en carbure de silicium en 200 mm sur le site italien de Catane.
«Pour le silicium en 200 mm, l’entreprise veut désormais concentrer sa production en Chine, mais que vont donc devenir tous les sites italiens et français qui font du 200 mm aujourd’hui ?», s’inquiète le délégué syndical, qui espère obtenir des réponses prochainement. Les discussions entre la direction et les élus doivent se poursuivre jusqu'à fin mai. Une source proche du dossier évoque des restructurations à venir pour les unités industrielles faites pour graver du silicium en 200 millimètres. Elles concerneraient un nombre important de salariés : «le silicium en 200 mm, c’est 1000 personnes sur le site de Tours (Indre-et-Loire), plus de 2000 personnes à Rousset (Bouches-du-Rhône) et au moins 1000 personnes à Crolles», liste le syndicaliste. Si la direction s’est engagée à ne fermer aucun site, l’inquiétude est plus vive pour ceux qui aujourd’hui ne bénéficient pas de relais de croissance, que ce soit à travers le 300 mm ou le carbure de silicium. C’est le cas des sites de Tours et de Rousset.



