Le rapport de la Cour des comptes sur la filière EPR sera précieux, pour l’État comme pour EDF. Il ne se contente pas de pointer les dérives budgétaires des chantiers de construction de ce réacteur nucléaire de troisième génération.
La mise en service, en 2018 et 2019, de deux EPR à Taishan, en Chine, par EDF et le chinois CGNPC a eu lieu avec un retard de cinq ans et un surcoût d’environ 60 %. Le démarrage d’Olkiluoto, en Finlande, qui aurait dû avoir lieu en 2009, est toujours incertain. Son coût, de 8,3 milliards d’euros, est quatre fois supérieur à celui prévu par Areva et Siemens. Les deux EPR en construction au Royaume-Uni par EDF et le chinois CGN ont déjà enregistré un surcoût de 3 milliards de livres.
Quant à la facture de l’EPR en construction en France par EDF à la centrale de Flamanville (Manche), elle a déjà été multipliée par 3,3 pour atteindre 12,4 milliards d’euros, sans compter 6,7 milliards de coûts complémentaires, dont 4,2 milliards de frais financiers. Des chiffres dont EDF ne fait jamais état, comme pour la rentabilité du projet. Et la Cour des comptes a dû estimer seule le coût de l’électricité que produira Flamanville 3, entre 110 et 120 euros le mégawattheure, EDF refusant de le calculer.
Le projet de construction de six nouveaux EPR en France
Le rapport pointe aussi l’impossibilité pour EDF de financer de nouveaux projets et les nécessaires analyses de risque plus poussées, surtout à l’international. Les magistrats de la Cour des comptes ont également ausculté le projet de construction de six nouveaux EPR en France, qu’EDF doit déposer sur le bureau du gouvernement à la mi-2021, pour une mise en service entre 2035 et 2040. En l’état, il ne leur paraît pas solide. La juridiction financière craint qu’en partant sur un design simplifié d’EPR 2, la filière ne bénéficie pas du retour d’expérience de la construction des huit premiers EPR. Elle pointe l’imprécision du chiffrage des coûts, évalués à plus de 15 milliards d’euros par paire, et le manque d’analyse détaillée des durées de construction. De plus, le projet EPR 2 ne serait pas moins cher que l’actuel EPR. Et là encore, EDF ne fournit aucun calcul de rentabilité. Autant de points que l’électricien devra préciser dans son projet, même si la décision, elle, ne sera prise par le gouvernement qu’après la mise en service de l’EPR de Flamanville, c’est-à-dire, au mieux, à la mi-2023.
La Cour, qui n’entend pas pour autant « disqualifier » la technologie EPR, émet des recommandations pour sécuriser la construction de nouveaux réacteurs de ce type avant toute décision sur la planification du mix électrique français. Car construire six nouveaux EPR aurait des conséquences jusqu’au XXIIe siècle, rappelle la juridiction financière.



