La Cour des comptes "s’attaque à un homme déjà à terre", murmure-t-on chez EDF, à propos du rapport sur la filière EPR dévoilé ce jeudi 9 juillet. L’EPR en construction à Flamanville (Manche) ne sera pas mis en service avant 2023... au lieu de 2012. Et la facture devrait s’élever à 12,4 milliards d’euros, contre 3,3 milliards prévus au lancement du projet, en 2006.
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Et rien n’est encore définitif. EDF doit d’abord refaire une centaine de soudures, dont huit du circuit secondaire particulièrement inaccessibles. Or la technologie retenue par l’opérateur est américaine, et c’est outre-Manche que s’effectuent actuellement les tests. Les reports à répétition du démarrage de l’EPR d’Olkiluoto, en Finlande, construit par Siemens et Areva, entretiennent le doute sur la capacité de toute la filière EPR française à lancer un jour un EPR sans l’aide des Chinois. Ce sont les seuls au monde pour l’instant à avoir réussi la mise en service des deux EPR construits.

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La construction de 6 EPR en jeu
Après ce énième et catastrophique report, le PDG d’EDF Jean-Bernard Levy, désormais chef de file de la filière après l’implosion d’Areva, a commandé un rapport à Jean-Martin Folz sur la construction de l’EPR de Flamanville, remis au gouvernement le 28 octobre 2019. Il identifiait les causes et responsabilités des dérapages du chantier.
Tout semble donc déjà bien connu. Mais ce mea culpa, qui a servi de base à un plan d’action de deux ans présenté par EDF en décembre 2019 et baptisé Exell, n’était pas complet. Le rapport de la Cour des comptes devrait ajouter à ce rapport le volet financier, qui manquait.
Compléter l'étude de l'Ademe
Mais ce qui inquiète le plus la filière, c’est l’impact que ce rapport pourra avoir. Le gouvernement a en effet demandé à EDF de lui fournir d’ici à l’été 2021 tous les éléments de décision pour construire six nouveaux EPR en France. Il a aussi commandé des études pour étudier toutes les options d’évolutions du mix électrique français. Si la loi Energie Climat fixe de ramener à 50 % la part du nucléaire en 2035, rien n’est écrit pour la suite.
Or une étude de l’Ademe sur l’évolution du mix électrique 2020-2060 arrivait à la conclusion que le développement de la filière EPR ne serait pas compétitif. En revanche, atteindre 95 % d’électricité renouvelable en 2060 est soutenable pour le réseau et permettrait de réduire les coûts de l’électricité pour le contribuable. Cette étude avait été vivement critiquée par la filière nucléaire, pour l’opacité de ses hypothèses et de ces modèles.



