Pour la troisième année consécutive, la Chine mène la course en tête des investissements dans les équipements de production de puces. Selon SEMI, le syndicat professionnel des équipementiers de semi-conducteurs, ses dépenses dans ce domaine se sont élevées en 2022 à 28,3 milliards de dollars, devant celles de Taïwan (26,8 milliards de dollars) et de la Corée du Sud (21,5 milliards de dollars).
Ce résultat surprend alors que deux de ses champions, le fondeur de puces SMIC et le fabricant de mémoires flash 3D YMTC, font l’objet d’un embargo américain qui les empêche d’accéder librement aux équipements de production de fournisseurs états-uniens clés comme Applied Materials, Lam Research ou KLA. Depuis octobre 2022, la Chine subit en plus des restrictions américaines draconiennes d’exportation qui lui ferment l’accès aux technologies avancées, comme celles nécessaires à la production de circuits logiques de 16 nanomètres et moins, de mémoires Dram de 18 nanomètres et moins ou de mémoires flash 3D à 128 couches et plus.
Résilience du fondeur SMIC
Malgré ces difficultés, SMIC affiche une santé insolente, avec un bond de son chiffre d’affaires de 28% en 2022 à un record de 7,2 milliards de dollars, faisant mieux que l'ensemble du marché de fonderie de puces, en augmentation de 20% selon le cabinet TrendForce. Une résilience qui le pousse à maintenir un plan agressif d’expansion de ses capacités de production avec pas moins de quatre nouvelles usines en cours de construction, dont la plus importante se situe à Shanghai pour un investissement de 9 milliards de dollars. S’il se cantonne en production de volume aux technologies matures de 28 nanomètres et plus, le groupe maîtrise déjà la technologie de 14 nanomètres. Il a également fait la démonstration de sa capacité à produire la technologie de 7 nanomètres sans passer par les machines de lithographie EUV de l’équipementier néerlandais ASML, considérées comme le passage obligé à partir de ce niveau de miniaturisation, mais dont la livraison lui est interdite par les Pays-Bas, à la demande des Etats-Unis.
Selon des analystes, les fabricants chinois ont anticipé le durcissement des restrictions américaines d’exportation, en gonflant en amont leurs achats de façon à accumuler des stocks suffisants d’équipements. C’est ce qui expliquerait la bonne tenue des dépenses de la Chine en 2022. Selon Thibault Morel, analyste financier à la banque d’affaires Bryan Garnier, les restrictions américaines dans les technologies avancées ont eu pour effet de pousser la Chine à reporter son effort sur les technologies matures avec deux focus particuliers : les microcontrôleurs et les composants électroniques de puissance. Deux familles de composants qui jouent un rôle clé dans la transition vers la mobilité électrique et des équipements électriques plus sobres en énergie. Mais leur production nécessite des investissement moindres que celle des circuits avancés.
Les restrictions américaines commencent néanmoins à se faire sentir. Alors que les dépenses d’équipements de production de puces ont progressé de 5% en 2022 à 107,6 milliards de dollars, celles de la Chine ont décliné de 5%. Les investissements ont bondi de près de 40% en Amérique du Nord à 10,5 milliards et presque doublé en Europe, à 6,3 milliards de dollars. Des résultats qui, selon Ajit Manocha, président de SEMI, témoignent de la volonté de l'industrie des semi-conducteurs de continuer à étendre ses capacités de production pour éviter que se répète la pénurie de puces qui a pénalisé tout particulièrement l'automobile en 2021 et 2022.



