Les choses se corsent pour Yangtze Memory Technologies Co (YMTC). Le ministère américain du Commerce a annoncé, le 15 décembre, l’inscription de ce fabricant chinois émergent de mémoires flash 3D sur sa liste noire (Entity List), obligeant tous ses équipementiers, fournisseurs et partenaires américains à passer désormais par le régime de licence préalable pour lui fournir quoi que ce soit. Une sanction qui revient à un embargo dur comme celui qui frappe depuis mai 2019 le géant chinois des télécoms Huawei.
«À partir de ce moment, le ministère américain du commerce examinera les transactions individuelles liées à l'exportation, à la réexportation et à la vente d'équipements, de technologies et d'autres biens connexes à YMTC, explique le cabinet TrendForce dans une note envoyée aux médias. L’acquisition d'équipements critiques et l’obtention du support technique de partenaires américains deviennent très difficiles. YMTC va être sévèrement restreint dans sa capacité à augmenter sa production. Par conséquent, sa présence sur le marché des mémoires flash 3D devrait s'affaiblir au fil du temps. La société risque même de quitter le marché d'ici à 2024.»
Seule source chinoise de mémoires flash 3D
Créé en 2016 par le groupe Tsinghua Unigroup et des fonds d’investissement publics, YMTC représente l’espoir de la Chine de disposer d’une source domestique de mémoires flash 3D et réduire ainsi sa dépendance dans ces composants essentiels, présents dans tous les équipements électroniques, vis-à-vis des cinq fabricants historiques qui dominent le marché : les sud-coréens Samsung et SK hynix, les américains Micron Technology et Western Digital, et le japonais Kioxia.
La jeune pousse chinoise a surpris par son ascension fulgurante. En seulement cinq ans, elle a réussi à rattraper son retard, se payant même le luxe de prendre la tête de la course technologique avec sa dernière mémoire flash 3D à 232 couches, la première du marché à plus de 200 couches. La qualification par Apple de sa mémoire flash à 128 couches pour équiper les modèles d’iPhone 14 vendus en Chine a soulevé un immense tollé au sein du Congrès américain. Apple a été contraint d’abandonner le projet. Mais cet évènement a mis YMTC dans le viseur de l’administration américaine.

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En octobre 2022, YMTC est inscrit dans la liste grise (Unverified List, moins restrictive que l’Entity List) du ministère américain du Commerce et subit de plein fouet le durcissement des restrictions américaines d’exportation des technologies de puces vers la Chine. La société ne peut plus recevoir des Etats-Unis (ni probablement d’alliés comme les Pays-Bas ou le Japon selon TrendForce) les équipements et les technologies clés entrant dans la production de mémoires flash 3D à 128 couches et plus, ce qui la prive déjà non seulement du développement des futures générations de produits mais aussi de l'extension de la production de son produit phare actuel à 128 couches.
Son inscription sur la liste noire du ministère américain du Commerce constitue un nouveau tour de vis. Celui-ci justifie sa décision par les soupçons de liens de YMTC avec l’Armée populaire chinoise et le Parti communiste chinois, et la fourniture de ses produits à des entreprises chinoises sous embargo américain comme Huawei ou Hikvision.
Vers la perte de sa compétitivité-coût
Selon TrendForce, YMTC se heurte désormais à un énorme obstacle technique pour industrialiser sa nouvelle puces à 232 couches, améliorer ses rendements de production et développer les futures générations de produits. «D'ici à 2024, ses grands concurrents seront passés à la génération de plus de 200 couches et pourraient même commencer à fabriquer des produits à plus de 300 couches, prévoit le cabinet. A l'inverse, YMTC aura progressivement perdu sa compétitivité-coût du fait de sa stagnation technologique, et l'érosion de ses parts de marché se poursuivra. Pour éviter la mort, la société devra trouver des moyens de se retirer du marché tout en valorisant autrement son savoir-faire. Elle peut revenir à la fabrication de mémoires flash 2D ou se transformer en fournisseur de circuits intégrés logiques fabriqués avec des technologies matures.»
Sur le plan commercial, les sanctions américaines ont déjà un effet dévastateur. YMTC était sur le point de s’ouvrir le marché mondial et de devenir un fournisseur global comme Samsung, SK hynix ou Micron Technology. Plusieurs clients internationaux envisageaient la qualification de ses mémoires flash 3D pour leurs PC, smartphones ou serveurs. Avec les nouvelles sanctions américaines, ils sont obligés d'abandonner cette idée, cantonnant YMTC à son marché local.
Sur son site internet, YMTC affirme avoir investi 31,5 milliards de dollars à ce jour. Un effort qui pourrait s’avérer un fiasco industriel. L’exemple de Huawei montre à quel un embargo américain peut être destructeur. Numéro deux mondial des smartphones en 2019 derrière Samsung, Huawei est tombé à la dixième place aujourd’hui. Le groupe fonctionne en mode survie.



