La Chine des puces frappée au cœur par l’embargo américain contre SMIC

Le fondeur chinois des puces SMIC confirme l’embargo américain décrété à son encontre. Un coup dur car ce fabricant est au cœur de la stratégie chinoise de développement dans les semi-conducteurs. L’impact va au-delà de la Chine et touche, par effet boomerang, des entreprises américaines comme Apple, Broadcom ou Qualcomm.

 

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SMIC flou ne pas utiliser
Salle blanche d'une usine de puces de SMIC à Shanghai.

Le fondeur chinois de puces SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation) a confirmé, le 4 octobre 2020, aux investisseurs l’embargo américain décrété à son encontre. Il en a eu la confirmation par ses fournisseurs et équipementiers yankees qui ne peuvent plus désormais lui livrer certains équipements et matériaux sans l’autorisation du département américain du commerce.

Impact plus important que l'embargo contre Huawei

Après l’embargo contre Jinhua et Huawei, les Etats-Unis ont choisi de frapper au cœur de l’industrie chinoise des puces. De quoi sérieusement ralentir les ambitions d’indépendance de la Chine dans les semi-conducteurs. Le cabinet TrendForce voit l'impact des sanctions contre le SMIC beaucoup plus important que les effets néfastes des sanctions contre Jinhua ou même Huawei.

Créé en 2000 à Shanghai, SMIC reste encore un petit fondeur de puces, sorte de sous-traitant, cinquième mondial avec seulement 4 % d’un marché prévu à 80 milliards de dollars en 2020 par le cabinet TrendForce, loin derrière le taïwanais TSMC (55 %), le coréen Samsung (16 %), l’américain GlobalFoundries (7 %) et le taïwanais UMC (7 %). Mais il constitue une pièce clé du plan chinois de développement dans les semi-conducteurs.

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La Chine compte de nombreux fournisseurs domestiques de circuits intégrés électroniques, dont HiSilicon (filiale de Huawei), SaneChips (filiale de ZTE) et Unisoc (filiale de Tsinghua Unigroup). Mais, à l’exception des fabricants de mémoires YMTC  et CXMT, ils sont tous des sociétés fabless (sans usines), reposant sur des fondeurs pour la fabrication de leurs produits. SMIC joue un rôle clé dans cet écosystème, fournissant ses services de fabrication notamment à Huawei, ZTE et GigaDevices. La société compte 16 000 personnes, affiche un chiffre d’affaires de 3,1 milliards de dollars en 2019 et dispose de 7 usines d’une capacité annuelle totale de 476 000 plaques équivalentes de 200 mm.

L’embargo américain contre SMIC sonne comme un nouveau coup dur pour Huawei. Depuis le 16 septembre 2020, le grand équipementier chinois des télécoms, bête noire de l’administration Trump, ne peut plus faire fabriquer les puces clés de ses smartphones chez TSMC. Il espérait en atténuer l’impact en faisant appel davantage aux services de SMIC. Peine perdue. Dans quelques mois, SMIC aura du mal à maintenir son outil industriel en production.

Projet d'expansion à l'arrêt

Il y a quelques mois, SMIC se voyait investi d’une grande mission par la Chine et affichait de grandes ambitions de développement. Il a levé à la Bourse de Hong Kong 6,5 milliards de dollars pour financer l’expansion de sa capacité de production en plaques de 300 mm. Selon TrendForce, ce projet risque de subir un arrêt net.

Certes, SMIC peut se tourner vers des fournisseurs et équipementiers locaux comme Naura (nettoyage, déposition, gravure), AMEC (déposition, gravure), SMEE (lithographie, inspection) ou encore CETGC (implantation ionique, amincissement chimique et mécanique). Mais ils se militent aux technologies matures de 90 nanomètres et plus, qui représentent 45 % de l’activité du fondeur chinois. Mais pour les technologies plus fines, SMIC dépend des technologies américaines, japonaises ou européennes.

L’impact de l’embargo américain va au-delà de la Chine et affecte, par effet boomerang, notamment trois industriels américains : Apple, Broadcom et Qualcomm. Le chinois GigaDevices, un fournisseur de mémoires flash NOR d’Apple, fait fabriquer ses composants chez SMIC. La firme à la pomme pourrait être contrainte de changer de fournisseur, en basculent par exemple chez le taïwanais Winbond ou l’américain Macronix. Broadcom et Qualcomm sont les deux plus gros clients non chinois de SMIC chez qui ils font fabriquer notamment leurs circuits de gestion de l’alimentation. Ils pourraient être amenés aussi à changer de fondeur en allant par exemple chez le taïwanais UMC. Seulement voilà : on ne change pas dans les semi-conducteurs de fournisseur comme on change de crémerie. Cela demande beaucoup de temps et coûte beaucoup de l’argent.

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