Enquête

La centrale nucléaire de Penly en ordre de bataille pour le «grand chantier» de l’EPR2

Douze ans nous séparent de la mise en service théorique de l’EPR de deuxième génération de la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime). Dominique Lepetit, « coordonnateur grand chantier Penly » pour l’Etat, explique sa feuille de route à l’Usine Nouvelle. Le chantier devrait accueillir jusqu'à 7 600 salariés en 2029, au pic de l’activité.

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Centrale nucléaire Penly
La centrale de Penly joue le rôle de tête de série dans le programme national EPR.

Le compte à rebours a commencé pour la réalisation de la première paire d’EPR de deuxième génération (EPR 2) à la centrale nucléaire de Penly, en Seine-Maritime. La mise en service du premier réacteur étant prévue pour 2035, la première coulée de béton est programmée pour fin 2027 et le lancement des travaux préparatoires pour mi-2024. Deux chefs d’orchestre vont mettre en musique le projet sur le territoire dans le cadre de la procédure « grand chantier » qui est mise en œuvre.

Côté Etat, c’est Dominique Lepetit, qui a été nommé le 1er juin par la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, au poste de « coordonnateur grand chantier Penly ». Il occupait avant cela la fonction d’adjoint au secrétaire général pour les affaires régionales (SGAR) à la préfecture de la région Normandie, en charge des politiques publiques. Du côté d’EDF, le maître d’ouvrage, c’est Alban Verbecke, directeur à l’action régionale d’EDF en Normandie, qui sera chargé de la coordination. Il connaît bien le site, pour avoir dirigé la centrale de Penly entre 2011 et 2016.

Sous l’autorité du préfet, Dominique Lepetit va conduire une mission d’assemblage territorial. « Cela consiste en un travail de coordination et d’interface entre EDF, les services de l’Etat, les collectivités et les acteurs économiques », explique-t-il à l’Usine Nouvelle. Sa feuille de route comporte une série de challenges, dont celui des transports. Il va falloir adapter la route départementale entre Dieppe et Le Tréport, qui va supporter un trafic plus lourd, et construire 14 hectares de parkings sur quatre sites - les automobilistes étant ensuite acheminés en car sur le site de la centrale. « Pour les parkings, nous avons l’obligation d’être prêts dès 2025 », souligne le coordonnateur.

Logements, formation et recrutements

La question du logement devrait également lui donner du fil à retordre. « Nous devrons être prêts à accueillir 2 000 salariés dès 2025 et 7 600 pour le pic d'activité prévu en 2029, dont la moitié seront des travailleurs déplacés qu’il faudra loger dans des logements temporaires et dans des logements pérennes dans un rayon de 20 kilomètres autour de Penly, c’est-à-dire entre Dieppe et Le Tréport », indique Dominique Lepetit. Ce dernier va devoir faire preuve de diplomatie avec les élus locaux, qui risquent de se trouver en concurrence pour l’accueil de certains investissements. « EDF va co-financer les projets locaux en matière de logements, bâtiments publics, infrastructures », rappelle-t-il.

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Si le site de Penly, qui abrite déjà deux réacteurs nucléaires (deux unités de 1 300 MW de puissance installée) avait été conçu pour contenir quatre tranches nucléaires, une extension doit cependant être réalisée pour accueillir les deux EPR 2 (deux unités de 1 600 MW). « Le terrassement actuel n’est pas suffisant. D’importants travaux sont à réaliser, dont un reprofilage partiel de la falaise », reconnaît le coordonnateur.

Mais rien ne sera possible sans les ressources humaines, sujet qui figurait à l’agenda du « Comité stratégique Penly » du 15 juin qui s’est tenu à la préfecture de Seine-Maritime. Alors que le génie civil représente, à lui seul, pas moins de 2 000 personnes à recruter, les dix premiers métiers répertoriés sont ceux de coffreur, ferrailleur, ingénieur étude génie civil, project manager, électricien de travaux sous tension, chef d’équipe, technicien qualité des ouvrages, soudeur, logisticien et tuyauteur.

Le « défi » de recruter 50 % de main d’œuvre locale

Dans le cadre de l’AMI France 2030 « Compétences et métiers d’avenir » consacré au nucléaire, la Normandie va bénéficier d’une dotation de l’Etat de 40 millions d’euros pour développer de nouvelles compétences dans le nucléaire. Ce projet va concerner douze établissements de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur. « Cela permettra de mettre en place des formations depuis le niveau BAC+3 jusqu’au doctorat », explique Dominique Lepetit. « L’objectif est de monter en capacité pour atteindre 8 000 places de formation en 2028, soit 70 % de plus que l’offre actuelle ».

Le grand chantier de Penly n’échappera pas aux difficultés que rencontre l’industrie en général pour recruter. Attirer des talents va s'avérer d’autant plus complexe que le vivier de chômeurs s’est réduit. « Lors de la construction de l’EPR de Flamanville, le taux de chômage dans la Manche était de 10/11%. Aujourd’hui, la donne est différente car le taux de chômage est de 7% en Seine-Maritime », indique Jean-Benoît Albertini, préfet de la région Normandie. Le représentant de l’Etat ne cache pas que l’objectif d'embaucher 50% de main d’œuvre locale représente un « vrai défi », assorti d’un risque de surchauffe. Il va en effet falloir recruter des professionnels dans des secteurs déjà en tension avec le risque du « siphonnage » de compétences dans d’autres domaines.

Sécuriser le calendrier de la première paire d’EPR

De son côté, EDF doit déposer fin juin 2023 ses dossiers de demande d’autorisation environnementale et de création. « Avec la simplification administrative permise par la loi relative à l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires (promulguée le 23 juin 2023, ndlr) le délai de procédure est réduit d’environ 18 mois sur l’ensemble du chantier », indique le préfet. Le groupe pourra ainsi engager les travaux préparatoires dès l’obtention de l’autorisation environnementale. Son instruction par la DREAL Normandie devrait nécessiter environ un an, contre trois ans pour celle de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

L'énergéticien joue gros avec cette première paire d’EPR2. « EDF souhaite sécuriser le calendrier du projet de Penly qui joue le rôle de tête de série dans le programme national EPR », précise Jean-Benoît Albertini, en évoquant les six EPR2 que le président Emmanuel Macron a promis pour 2050. Et pour éviter les dérapages de délais et de coûts de l’EPR de Flamanville, l’Etat, qui vient de boucler la renationalisation d'EDF, a prévu un garde-fou, que rappelle le préfet : « Une délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN), placée auprès de la Première ministre, a été créée pour suivre en permanence le pilotage du projet et challenger EDF ».

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