Le match n’est pas plié : la décision de lancer ou pas un nouveau programme nucléaire n’est pas prise et reviendra in fine au Parlement. C’est le message qu’ont voulu délivrer jeudi 27 octobre les représentants de la Commission nationale du débat public (CNDP) au cours de la première réunion d’un débat qui va durer quatre mois sur les "Nouveaux réacteurs nucléaires et le projet de Penly". La première des dix réunions avait lieu de façon concomitante à Dieppe et à Paris. 150 citoyens se sont déplacés à Dieppe, ville située à 15 kilomètres de la centrale nucléaire de Penly.
"La décision n'est pas prise"
Depuis Paris, Chantal Jouanno, présidente de la CNDP a prévenu : «la décision n’est pas prise et l’on ne recommencera pas ce qui a été fait pour Flamanville, c’est-à-dire organiser un débat au moment du vote de loi au Parlement». Comme plusieurs participants, Yves Marignac de l’association Negawatt, a fustigé la communication du président de la République sur la relance du nucléaire. «Le débat sur l’opportunité du nucléaire a été confisqué à Belfort», a-t-il déclaré, faisant allusion à l’annonce par Emmanuel Macron à Belfort le 10 février 2022 de la construction de trois paires d’EPR de nouvelle génération.
«L’annonce présidentielle a pu laisser penser que tout était déjà décidé» a expliqué Alice Mazeaud, maître de conférences en sciences politiques à La Rochelle Université. «Il est indispensable que la question de l’opportunité de ce programme industriel soit posée et que ce débat ait un effet sur la décision». Reste que le 27 octobre, ainsi que l’a rappelé à Dieppe Michel Badré, le président de la Commission particulière du débat public (CPDP), ce premier débat devait théoriquement porter sur... l’opportunité du débat. Mais aucun intervenant n'est resté dans les limites de ce cadre très restrictif.

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Prudence sémantique
En présentant le projet des EPR 2, Antoine Ménager, directeur du débat sur l’EPR2 à EDF (maître d’ouvrage associé à RTE) et ancien directeur du chantier de Flamanville, a veillé à la prudence dans la sémantique. Il a évoqué la "proposition d’EDF" pour "augmenter la production d’électricité bas carbone" et utilisé le conditionnel concernant les premiers réacteurs du programme : «c’est à Penly que pourrait être construite la première paire d’EPR2». Xavier Ursat, directeur exécutif d’EDF, marchait sur des œufs, lui aussi, en mettant en avant "l’humilité" d’EDF, soucieux de "tirer parti du retour d’expérience". Avant d’ajouter : «il faut que ce débat aide EDF sur ce qu’il est fondamental de ne pas louper dans le projet de Penly».
Tribune pour les opposants
Une chose est sûre, les opposants au nucléaire n’ont pas manqué de saisir la tribune qui leur était offerte. Véronique Bérégovoy, conseillère régionale EELV de Normandie, a fustigé le "mythe d’une énergie bas carbone". Charlotte Mijeon, porte-parole du réseau "Sortir du nucléaire" s’est d’abord félicitée que l’objectif de la CNDP soit de «recueillir les avis à charge et à décharge qui vont éclairer le Parlement» avant de s’interroger sur le «poids de ce débat face à un gouvernement qui veut construire à marche forcée de nouveaux réacteurs nucléaires», ce qui reviendrait à «rééditer en six exemplaires le fiasco actuel puisque près de la moitié des réacteurs est à l’arrêt, minés par des défauts de corrosion». Dominique Boutin de France Nature Environnement (FNE) a évoqué une «gabegie économique qui va retomber sur le dos du contribuable» alors que l’on assiste à un «écroulement de la filière». Depuis Paris, Maxime Laisney député LFI a appelé, de son côté, à un «référendum sur le choix du nucléaire».
Un représentant de la CGT de Dieppe a assuré que le syndicat serait vigilant quant à l’application du "droit du travail français" sur le chantier des EPR. «Il n’y a pas de religion à avoir sur les questions de production d’énergie», a lancé le maire communiste de Dieppe, sans jamais se déclarer en faveur du nouveau programme nucléaire, par crainte sans doute de soutenir Emmanuel Macron. Favorable lui aussi au projet d’EPR à Penly, le député communiste Sébastien Jumel a orienté son propos sur les «20 ans de libéralisation de l’énergie» qui ont «abîmé le fleuron industriel d’EDF». Le député a insisté sur le fait que le projet de la paire d’EPR de Penly «devait être exemplaire au plan social» et appelé à ce que les appels d’offres «profitent aux emplois de chez nous».
Débat local ou national ?
Une critique a été plusieurs fois formulée à Dieppe sur le petit nombre de réunions organisées dans la région de Dieppe/Penly, trois sur dix si l’on inclut la dernière réunion qui se passera en simultané à Rouen et à Paris. Réponse de Michel Badré : «il y a un aspect du projet qui est local (les EPR 2 de Penly) et un aspect qui est national (le programme dans son ensemble». Le président de la CPDP a aussi été amené à répondre à de nombreuses interrogations d’internautes sur le rôle de la Commission en matière de "fact checking". «Il y aura une clarification des controverses. Elle se fera par écrit. On ne peut pas laisser passer des choses fausses» a-t-il répondu.
Le prochain débat est programmé le 8 novembre à Paris en présentiel et sur Zoom avec un intitulé prometteur : "Avons-nous besoin d’un nouveau programme nucléaire ?" Mais, a insisté Michel Badré «si les dix questions sont là pour tendre la toile du débat, il y aura une possibilité d’expression en continu sur tous les sujets sur la plateforme participative». Chaque question, a-t-il assuré, recevra sous 15 jours une réponse d’EDF ou de la CNDP.



