Après la découverte d’une importante fissure par corrosion sous contrainte à Penly 1 (Seine-Maritime) au mois de février, EDF rassure. L’énergéticien a proposé à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) «une évolution de sa stratégie de contrôles du phénomène de corrosion sous contrainte». Celle-ci prévoit une accélération des contrôles des soudures des systèmes d’injection de sécurité et des circuits de refroidissement du réacteur à l’arrêt concernés. Au total, 320 soudures de ces lignes ont été identifiées comme ayant fait l’objet de réparations au moment de la construction des réacteurs selon l’ASN. Cela les rend sensibles au phénomène de corrosion sous contrainte. La stratégie révisée va permettre le contrôle de 90% d'entre elles d’ici fin 2023. La production nucléaire pour l’année ne devrait pas être impactée. Les prévisions d’EDF restent dans la fourchette de 300 à 330 térawattheures pour 2023.
L’ASN «prend acte de cette évolution de la stratégie» et «poursuit le dialogue technique avec EDF afin de s’assurer de la pertinence du calendrier envisagé». En outre, le plan initial d’EDF transmis à l’autorité en décembre 2022 pour les années 2023-2025 prévoyait le remplacement avant fin 2023 des tronçons vulnérables des lignes considérées comme sensibles à la corrosion sous contrainte des réacteurs P4 (les 12 réacteurs des centrales nucléaires de Belleville, Cattenom, Golfech, Nogent et Penly). Le réacteur 4 de Cattenom, qui fait l’objet d’analyses spécifiques, n'est pas concerné.
L’ASN avait ordonné à EDF le 7 mars qu’il révise cette stratégie afin de prendre en compte la nouvelle fissure de Penly 1. «[Elle] s’étend sur 155 mm, soit environ le quart de la circonférence de la tuyauterie, et sa profondeur maximale est de 23 mm, pour une épaisseur de tuyauterie de 27 mm», détaillait-elle. Elle classait au niveau 2 sur l’échelle de l’INES (qui comporte 8 niveaux de gravité, de 0 à 7) cet incident qui «affecte la fonction de sûreté liée au refroidissement du réacteur» et augmente «la probabilité d’une rupture».
Une double réparation jugée responsable
Le gendarme du nucléaire expliquait que la ligne située en branche chaude du système d’injection de sécurité près de laquelle se trouvait la fissure était considérée par EDF comme non sensible à la fissuration par corrosion sous contrainte. Toutefois, il notait que la double réparation de la soudure subie lors de la construction du réacteur, dans les années 1980, était de nature à «modifier ses propriétés mécaniques et les contraintes internes du métal au niveau de cette zone».
Un constat que partageait EDF. Dans une note publiée sur son site internet le 24 février, il expliquait que le défaut, détecté lors d’une expertise qui visait à contrôler cette soudure, aurait été généré lors des «opérations ciblées de «double réparation» lors du premier montage des tuyauteries». D'autres fissures ayant cette même origine sont donc susceptibles d'être découvertes sur des soudures situées dans des zones jusqu'ici non considérées comme sensibles. EDF avait déjà repéré un peu plus de 300 soudures dans ce cas selon Julien Collet, directeur général adjoint de l'ASN, interviewé par Le Monde le 9 mars. «Un certain nombre a déjà été contrôlé, a été remplacé ou doit l’être prochainement. [...] Il reste donc environ 200 soudures qui n’avaient jusqu’ici pas vocation à être contrôlées en 2023», annonçait-il.
Cette nouvelle fissure représentait une très mauvaise nouvelle pour le parc nucléaire français et son gestionnaire, qui a accusé une perte financière record en 2022. L'année a été marquée par les mises à l’arrêt de nombreux réacteurs (dont Penly 1) en raison de la découverte du phénomène de corrosion sous contrainte, en 2021, qui a forcé EDF à réaliser des opérations de contrôle et de réparations de grande ampleur, menaçant l'approvisionnement électrique français.



