La désignation de deux ministres - Agnès Pannier-Runacher à la Transition énergétique et Amélie de Montchalin à la Transition écologique - à l'orientation plus libérale qu'écologique dans le gouvernement d'Elisabeth Borne, qui elle-même a laissé un bilan restreint lors de son passage au ministère de la Transition écologique, a suscité plusieurs critiques.
Entre les deux tours de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a pourtant multiplié les promesses à l’intention des électeurs écologistes et de gauche. Il a désigné la planification écologique comme la priorité de son second mandat. Les derniers rapports du Giec et du Haut conseil au climat sont venus rappeler l’urgence climatique et environnementale, tandis que le dernier quinquennat laissait un goût amer aux citoyens mobilisés sur ces sujets, après que la Convention citoyenne pour le climat eut soulevé quelques espoirs. Bien qu'ayant promis de reprendre l’essentiel des 150 propositions, le président de la République est resté à la moitié du gué. Entre temps, le réchauffement climatique s’est accéléré, la biodiversité a continué à se dégrader, la pollution liée aux transports et l’agriculture n’a pas reculé.
Ceux qui attendaient un ministre à la fibre écologique – les noms de Pascal Canfin et Jean-Marc Jancovici ont circulé – en sont pour leurs frais. « Notons que ce gouvernement signe l’échec d’Emmanuel Macron à débaucher une personnalité crédible pour l’écologie : c’est le signe que plus personne ne croit en la sincérité de sa conversion écologique », dénonce Greenpeace France dans un communiqué. Isabelle Autissier, au nom du WWF, s’est dite « préoccupée » par ces choix (Agnès Pannier-Runacher et Amélie de Montchalin) au micro de France Info.
Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l'environnement, a quant à lui exprimé sur Twitter son inquiétude de voir l'énergie et la transition écologique divisés entre deux ministères, dénonçant "une erreur" et un retour sur un acquis du Grenelle de l'Environnement:
Amélie de Montchalin, numéro 5 du gouvernement
C’est donc une fidèle du président de la République qui devient ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Au gouvernement depuis 2019, cette ancienne d’HEC qui a fait ses classes à droite avait rejoint Emmanuel Macron pendant la campagne pour l’élection présidentielle de 2017. Ministre de la Transformation et de la fonction publiques dans le gouvernement de Jean Castex, Amélie de Montchalin devient, à 36 ans, la numéro 4 du gouvernement. Une position qui ne rassure pas les défenseurs d’une vraie politique écologique, surtout quand il faudra arbitrer les dossiers avec Bercy.
Elué députée de La République en marche dans la 6e circonscription de l’Essonne en 2017, elle était devenue secrétaire d’Etat chargée des Affaires européennes en mars 2019 avant de devenir ministre de la Fonction publique en 2020. Après avoir soutenu Alain Juppé lors de la Primaire de la droite en 2016, cette ancienne d’HEC avait rejoint Emmanuel Macron. Après des études à HEC et Havard, cette catholique, née à Lyon et mère de trois enfants, avait travaillé à BNP Paribas et chez AXA avant de se devenir députée. Cette ancienne assistante de Valérie Pécresse, qui n’a jamais adhéré à l’UMP, puis à LR, est considérée comme une femme pragmatique et ouverte au dialogue.
Un nécessaire coup d'accélérateur pour la transition écologique
Amélie de Montchalin devra désormais imposer une véritable « planification écologique », en concertation avec une Première ministre qui n’a jamais montré de réelles convictions dans ce domaine. Les quelques avancées (lois sur le climat, loi Agec…) lors du dernier quinquennat demandent une forte accélération pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et polluantes dans les secteurs à la traîne comme les transports, le bâtiment et l’agriculture.
Il lui faudra prendre des mesures parfois impopulaires, qui ne pourront être acceptées par la population que si cette transition est à la fois écologique et sociale. Il faudra accélérer le développement des modes de transport durables, à commencer par le train et les voitures électriques. Il faudra accélérer le développement de l’économie circulaire et la réduction des déchets, l’abandon des produits phytosanitaires et des engrais azotés, restaurer la biodiversité… Et faire avancer les dossiers avec Agnès Pannier-Runacher, désormais ministre de la Transition énergétique.



