Sécurité alimentaire, sortie des pesticides, bien-être animal... Les dossiers s'empilent sur la table de Marc Fesneau, le nouveau ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Nommé le 20 mai à ce poste, ce député centristesuccède à Julien Denormandie au ministère de la rue de Varenne à Paris. Passionné par l'agriculture, Marc Fesneau pourra compter sur sa bonne connaissance du terrain, acquise grâce à un passage en début de carrière à la Chambre d'agriculture du Loir-et-Cher, pour relever les défis d'un secteur au croisement des enjeux de transition écologique et des questions de pouvoir d'achat.
1. La souveraineté alimentaire
La souveraineté alimentaire est sans aucun doute de l'enjeu le plus important. Porté à cor et à cris par son prédécesseur, la question est devenue centrale en France depuis le début de l'épidémie de Covid-19. Son importance s'est encore accentuée avec la guerre en Ukraine et la dépendance de la France à certaines exportations ukrainiennes, parmi lesquelles l'huile de tournesol. C'est d'ailleurs à ce titre que Julien Denormandie avait soutenu l'inscription de l'agriculture dans le plan de résilience, ainsi que la révision de la mise en application de la nouvelle Politique agricole commune (PAC) qui prévoit des jachères tournantes sur 4% des surfaces agricoles.
Pour faire avancer ce dossier de la souveraineté alimentaire, le nouveau ministre pourra notamment s'appuyer sur le plan protéines. Adopté en décembre 2020, ce projet doit permettre à la France de réduire les importations (notamment de soja) utilisées pour l'alimentation animale. Marc Fesneauaura pour mission d'en intensifier l'application.
2. Le renouvellement des générations d'agriculteurs
Mais pour continuer à nourrir les Français, encore faut-il qu'il y ait des agriculteurs. C'est l'un des gros enjeux des années à venir. En 2021, 55% des exploitants agricoles étaient âgés de plus de 50 ans et 45% auront atteint l’âge fatidique de la retraite d’ici à 2026. Lors de son passage au salon de l'agriculture, Emmanuel Macron, encore candidat, avait annoncé le vote d'une loi d'orientation pour assurer le renouvellement des générations. Dans ce texte, le candidat expliquait vouloir faciliter l'accès au foncier des nouveaux arrivants. Emmanuel Macron s'est également fixé pour objectif de convaincre 20 000 nouvelles recrues par an de rejoindre le monde agricole contre à peine 12 000 actuellement.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
3. La planification écologique
La planification écologique, nouveau credo d'Emmanuel Macron devrait inévitablement impliquer l'agriculture. Pour rappel, les activités agricoles représentent le deuxième secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en France. Pour atteindre les objectifs de neutralité carbone fixés par le président réélu, le nouveau ministre pourra s'appuyer sur les acquis du précédent mandat, comme la création de label bas carbone et le développement des filières légumineuses, connues pour capter les gaz à effet de serre. La question des pesticides, qui avait largement été évoquée lors des débats en 2017, est restée relativement absente des discussions. Emmanuel Macron s'est uniquement contenté d'expliquer que l'objectif de la PAC européenne de réduire de 50% le recours aux phytosanitaires d'ici à 2030, et les engrais de 20% sur la même période, avait été « établi avant la guerre en Ukraine ».
4. La troisième révolution agricole
Après la révolution mécanique et la révolution chimique, Emmanuel Macron estime que la prochaine révolution agricole sera durable. Pour permettre à la France de garder sa place dans cette nouvelle donne, le chef de l'Etat mise sur l'innovation. Cette dernière pourra être aussi bien robotique, avec l'intervention de machines de désherbage dans les champs, que numérique avec le recours à l'intelligence artificielle pour mieux piloter les exploitations, ou encore génétique avec les nouvelles technologies d'édition du génome.
Lors de son premier mandat, Emmanuel Macron avait déjà fortement soutenu l'innovation dans le secteur agricole. Dans le cadre du plan France 2030, li a décidé d'allouer deux milliards d'euros à l'innovation de rupture dans le secteur.
Au-delà de ces sujets, Marc Fesneauaura également à suivre l'application de la loi Egalim, dans un contexte d'augmentation du coût des matières premières et d'érosion concomitante des marges des industriels. La question de l'eau sera également au coeur de son mandat, avec l'application du Varenne de l'eau. La tâche de Marc Fesneausera d'autant moins aisée que rarement un ministre de l'Agriculture avait été aussi apprécié que Julien Denormandie.



