La "planification écologique" façon Macron peut-elle être à la hauteur des enjeux ?

Pour accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le président de la République Emmanuel Macron parie sur la planification écologique. Le pilotage de cette politique et son chiffrage sont délicats. Analyse avec des think tanks impliqués sur la transition écologique.

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Emmanuel Macron pour le métavers
Pour son deuxième quinquennat, Emmanuel Macron mise sur la planification écologique, une mesure poussée par plusieurs laboratoires d'idées.

Après les paroles de la campagne, les actes sont désormais attendus. Réélu pour un deuxième mandat dimanche 24 avril, Emmanuel Macron a promis d’aller « deux fois plus vite » que pendant son premier quinquennat dans la réduction des gaz à effets de serre, lors de l’entre-deux-tours à Marseille. Pour y parvenir et rendre l’« économie écologique », le chef de l’Etat a annoncé que son futur Premier ministre serait « directement chargé de la planification écologique ». Dans les prochaines semaines, et en particulier après les élections législatives de juin, la gouvernance et le budget qui sous-tendront cette politique seront particulièrement scrutés. Car la réalisation de ces enjeux est délicate pour le président. 

« L’annonce sur la planification écologique a été très frappante, estime Sébastien Treyer, le directeur de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), lors d’un point presse organisé mercredi 27 avril par plusieurs laboratoires d’idées actifs sur le sujet de la transition écologique. La transition devient le projet porteur, même s’il faudra être attentif aux premiers arbitrages rendus par le futur Premier ministre vis-à-vis de Bercy. » « Quand on voit l’architecture proposée, on a tous les éléments pour réussir cette transition », se félicite malgré tout Benoît Leguet, le directeur d’I4CE (Institut de l’économie pour le climat).

Un choix différent de l'Allemagne

Emmanuel Macron a déjà expliqué que cette planification reposerait sur deux ministères. Celui de la planification énergétique visera à développer les énergies renouvelables, à engager la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires et à bâtir une « stratégie hydrogène ». « L’idée de séparer ce ministère de la planification énergétique d’un ministère plutôt axé sur la transition écologique n’est pas une mauvaise chose. Aujourd’hui, les acteurs de l’énergie ne se sentent pas complétement embarqués par ce qui sort du ministère de la Transition écologique », appuie Sébastien Treyer. A la différence du choix allemand de créer un grand ministère consacré à l’économie, à l’énergie et au climat, cela permet aussi de limiter une certaine porosité qui pourrait profiter à Bercy.

Le second ministère impliqué se concentrera sur la planification écologique territoriale. Son but sera d’organiser au plus près de la population les politiques dédiées aux transports (transports en commun, voiture électrique…) et à la rénovation de 700 000 logements par an promise par le candidat Macron. Après la Convention citoyenne pour le climat, dont beaucoup de mesures n’ont été reprises que partiellement et certaines rejetées, Sébastien Treyer constate un « besoin d’innovation dans la décentralisation et de réenchantement dans les dispositifs de participation ». Dans son programme, Emmanuel Macron avait par ailleurs annoncé des conférences de parties prenantes sur d’autres thèmes comme l’école et la santé.

Loi de programmation climatique

La première véritable échéance de la planification écologique sera le vote du premier budget du quinquennat en fin d’année. Emmanuel Macron s’est engagé à investir 10 milliards d’euros d’argent public supplémentaires par an en faveur de la transition écologique, par exemple pour rendre accessibles les véhicules électriques grâce au « leasing social ». Du côté d’I4CE, le besoin d’investissements supplémentaires publics et privés est évalué à 25 milliards d’euros par an d’ici la fin du quinquennat, tout en sachant que ce chiffre porte sur un périmètre (très) restreint, comme par exemple la rénovation des logements et les ENR mais pas la décarbonation de l'industrie. « Je ne sais pas si ces 10 milliards d’euros d’argent public permettront de générer par un effet de levier un total de 25 milliards d’euros, doute Benoît Leguet. La fiscalité peut aider, mais les gilets jaunes ont montré qu’il faut dans ce cas un accompagnement… et donc de l’argent public. »

Les think tanks attendent surtout une autre promesse du camp présidentiel : « la loi de programmation climatique ». Une telle loi pourrait être votée « avant la fin de l’année 2022 » et visera à « sécuriser les crédits budgétaires » alloués à la transition écologique pour la durée du quinquennat, ont précisé dans une tribune au Monde la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili et le député européen Renew Europe Pascal Canfin. « C’est un élément extrêmement important pour les ménages et les entreprises qui doivent savoir vers quoi diriger leurs investissements dans la transition écologique », souligne Xavier Timbeau, le directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Pour lui, ce « chantier important est immense et peut être raté ». « Il peut aboutir sur une loi de façade sans cohérence entre les objectifs et les moyens, échouer sur la définition des objectifs ou encore perdre en crédibilité si la loi n’arrivait que tardivement, vers mi-2023 », tranche-t-il.

L'énergie... mais pas que

Au-delà des seuls objectifs énergétiques et de réduction des émissions, cette loi devra également, selon les think tanks, intégrer les enjeux liés à la forêt, à l’agriculture ou encore à l’adaptation face au réchauffement climatique. Ce dernier aspect permettra d’éviter que les investissements ne se fassent dans des infrastructures en péril avec la hausse des températures.

Les spécialistes jugent en outre nécessaire de prévoir une marge de manœuvre pour absorber des crises exceptionnelles qui ressembleraient à celle affrontées ces derniers mois (pandémie, guerres…) et de garantir la fin des subventions aux énergies fossiles. Selon Xavier Timbeau, les aides mises en place par le gouvernement depuis septembre pour amortir la hausse des prix de l’énergie représentent déjà un coût d’environ 30 milliards d’euros pour l’Etat. « Ces dispositifs ne sont pas suffisamment ciblés donc ils amortissent le signal-prix pour l’ensemble des acteurs et ne les incitent en rien à opérer une transition », tranche-t-il.

Rendre la transition plus impérative

Pour lui, il est temps d’expérimenter d’autres dispositifs dans une logique de transition juste, comme la tarification non linéaire du gaz ou de l’essence. Les tarifs seraient ainsi fixes pour une consommation décente et augmenteraient au-delà. Renforcer la loi de programmation pourrait enfin passer par un système prévoyant des régulations au terme des périodes requises pour remplir les objectifs. De quoi rendre la transition plus impérative.

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