L’Allemagne se dote d’un super ministère de l’Economie et de la protection du climat

Pour la première fois, l’Allemagne sera dirigée par une constellation inédite, réunissant sociaux-démocrates, écologistes et libéraux. Salaire minimum à 12 euros de l’heure, sortie du charbon en 2030, retour du «frein à l’endettement» figurent parmi les compromis arrachés par chacun des partenaires.

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Accord de coalition en Allemagne AFP USAGE UNIQUE
Christian Lindner, leader du FDP, Olaf Scholz, futur chancelier et leader du SDP, Annalena Baerbock et Robert Habeck, chefs de file l'Alliance 90 / Les Verts, lors de la présentation de l'accord de coalition ce 24 novembre à Berlin.

Après cinq semaines d’intenses négociations, les trois partis qui composent le nouveau gouvernement allemand – les sociaux-démocrates (SPD), les Verts et les Libéraux (FDP) – ont présenté le 24 novembre leur contrat de coalition. Fruit d’un subtil compromis entre ces formations politiques aux idées très différentes, le document de 177 pages détaille les grandes orientations politiques des quatre années à venir, ainsi que la répartition ministérielle. Ainsi, le SPD obtient, en plus de la chancellerie, six ministères donc celui de l’Intérieur, du Travail, de la Défense, de la Santé et de la Construction.

Parmi les points imposés, Olaf Scholz, le futur chancelier, s’est félicité d’avoir obtenu le relèvement du salaire minimum de 9,6 à 12 euros de l’heure, la limitation du recours aux mini-jobs dont le montant sera parallèlement augmenté à 520 euros par mois, ou encore le maintien de l’âge de la retraite. L’actuel revenu de base (Hartz IV), l’une des mesures les plus strictes de l’Agenda 2010 introduit par Gerhard Schröder, sera remplacé par «un revenu citoyen qui doit respecter la dignité de l’individu», mais dont le montant n’a pas été précisé. Pour lutter contre l’augmentation des coûts de l’immobilier, 400 000 logements neufs seront construits par an.

Fin du charbon avancée à 2030

De leur côté, les Verts héritent de cinq portefeuilles dont deux postes-clés, celui des Affaires étrangères et un«super-ministère» regroupant l’Economie et le climat. Ce dernier remplace l’ancien ministère de l’Economie et de l’énergie et traduit la place centrale de la protection du climat dans le contrat de coalition, aux côté de la modernisation de l’Etat et de la numérisation.

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Le texte rappelle donc son attachement à l’Accord de Paris et si les conditions sont réunies, la fin du charbon pourrait être avancée «de manière idéale» à 2030, contre 2038 actuellement. Le texte précise que «cela exige le développement massif des énergies renouvelables», qui devront représenter 80 % du mix électrique en 2030. Pour cela, l’obligation d’installer des panneaux photovoltaïques sur toutes les toitures adaptées sera généralisée au niveau fédéral. Par ailleurs, il faudra construire «des centrales à gaz modernes afin de couvrir les besoins croissants en électricité et en énergie au cours des prochaines années à des prix compétitifs». Les écologistes ont cependant dû faire des concessions, en particulier sur la limitation de la vitesse sur les autoroutes, ou encore sur l’augmentation du prix de la tonne de CO2. Le document se contente d’indiquer qu’il devra rester au-dessus de 60 euros, soit le prix actuel.

Retour de la rigueur budgétaire

Le contrat ne détaille pas non plus les différents montants d’investissements pour concrétiser ces ambitions politiques, ni comment elles seront financées. Une chose est sûre : le gouvernement s’engage à revenir à partir de 2023 au principe du «frein à l’endettement», qui limite la dette de l’Etat à 0,35 % du PIB, alors que les Verts prônaient un relâchement pour permettre des investissements massifs dans la protection du climat et les infrastructures. Sur le plan fiscal, il n’y aura pas de réintroduction de l’impôt sur les grandes fortunes, ni d’augmentation des prélèvements, comme le souhaitait le FDP qui gérera quatre ministères, dont celui des Finances, un poste très important outre-Rhin, ainsi que la justice et les transports. Par ailleurs, «la part du PIB consacrée à la R&D sera augmentée à 3,5 % jusqu’en 2025» et l’investissement privé dans les domaines-clés de l’économie allemande (industrie, énergie, numérisation…) sera «encouragé».

Quant au Pacte de stabilité européen, dont l’Elysée réclame l'assouplissement, le texte précise qu’il «a prouvé sa flexibilité». «Sur cette base, nous voulons assurer la croissance, maintenir la soutenabilité de la dette et prévoir des investissements durables et respectueux du climat. Il devrait devenir plus simple et plus transparent», ajoutent les signataires, sans donner plus de détails. Mais avec le retour de la rigueur budgétaire, les marges de manœuvre de l’Allemagne pour contenter son partenaire français pourraient s’amoindrir.

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