Pour les industriels allemands, la future coalition devra vite définir une stratégie d'investissement

Au lendemain des élections allemandes, les industriels du pays s'inquiètent de l'impact des difficultés de recrutement et du manque d'investissements publics pour leur compétitivité.

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Usine Stihl
Le numéro un mondial des tronçonneuses Stihl a vu ses ventes progresser de 16 % en 2020.

Peter Fenkl parcourt au pas de charge la nouvelle extension de son usine à une grosse heure au nord de Stuttgart. Le directeur général de Ziehl Abegg, qui fabrique des ventilateurs, a pris la décision au plus fort de la première vague de la pandémie, fin mars 2020, d’investir 36 millions dans le bâtiment et les nouvelles lignes de production entièrement automatisées. « Nous n’avions pas besoin de la capacité supplémentaire, mais on s’est dit qu’il fallait mieux investir à un moment de creux plutôt que quand tout le monde repartirait », se félicite le patron de l’entreprise typique du Mittelstand, ce tissu de sociétés familiales qui fait la force de l’industrie allemande. L’activité du fabricant, qui exporte 80 % de la production, a redémarré sur les chapeaux de roues, malgré les difficultés d’approvisionnement en semi-conducteur. « Notre principal frein, c’est le manque de conteneurs. Les tarifs vers la Chine ont été multipliés par dix », regrette l’industriel.

Dans le cœur de la machine exportatrice allemande, au Bade-Würtemberg, l'industrie tourne le dos à la crise. Les carnets de commande ont atteint en juillet leur plus haut niveau depuis le début de leur mesure par l’institut de statistique Destatis, en 2015. Les exportations dépassent leur rythme de 2019 à nouveau. Seule la production industrielle reste plus décevante, pénalisée par les goulots d’étranglement subis dans le secteur automobile.

Difficultés à recruter

Pour les industriels, comme Ziehl Abegg, les inquiétudes à nouveau se concentrent sur les difficultés de recrutement. Dans une région avec un taux de chômage en dessous des 4 %, l'entreprise familiale doit recruter 180 salariés d’ici à fin 2021, en plus des 850 déjà en poste dans l’usine. Tout est bon pour y parvenir. Le groupe s’est mis sur TikTok, où il poste depuis quelques mois des chorégraphies déjantées, afin de remplir ses 240 places d’apprentissage disponibles chaque année. Pour se différencier, l'entreprise propose aussi à ses apprentis, y compris en production, de partir six semaines dans un des sites du groupe à l’étranger. « Cela peut être aussi bien l’Australie, la Chine, le Mexique… », énumère Peter Fenkl.

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Son entreprise n’est pas la seule à connaître ce casse-tête dans un pays à la démographie vieillissante. A une vingtaine de kilomètres de là, l’autre champion mondial des ventilateurs EBM Papst mise sur la démocratisation du télétravail. Fin 2020, l’entreprise, qui réalise 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a signé un accord d’entreprises généralisant 80 % de temps de télétravail pour tous les salariés non postés. « Nous pourrons toucher plus de femmes, qui sans cela ne seraient pas sur le marché du travail. Et nous allons pouvoir étendre notre recrutement jusqu’à Stuttgart ou Würzburg », pointe Hans Peter Fuchs, le directeur financier d’EBM Papst, qui pousse aussi les murs de son usine de Mülfingen, dans le nord du Bade-Würtemberg, pour étendre ses équipes de R&D.

Réseau 5G et infrastructure internet à améliorer

Alors que le parti social-démocrate est arrivé en tête des élections allemandes (25,7 %), mais talonné par la camp conservateur (24,1 %), les industriels pointent aussi d’autres freins qui risquent de brider leur redémarrage. Le manque d’investissements publics dans les infrastructures depuis quinze ans inquiète les milieux d’affaires autant que les économistes. « Il faudrait investir davantage dans les infrastructures publiques, il faut un meilleur réseau routier, mettre de l’argent dans le déploiement de la fibre et le réseau 5G et investir plus dans l’éducation », réclame Nikolas Stihl, le président du directoire de Stihl, le numéro un mondial des tronçonneuses, dont les ventes ont explosé de 16 % l’an dernier, à la faveur des confinements. « La pandémie a été un révélateur des faiblesses de la digitalisation allemande. Il était parfois difficile pour certains collaborateurs de télétravailler en dehors des grandes agglomérations », reconnaît Patrick Schwartz, le directeur financier de Bühler Redex à Pforzheim, filiale du groupe français Redex.

Mais la question du financement de ces nouveaux investissements a alimenté le débat ces dernières semaines entre les candidats à la chancellerie. L’équilibre des finances publiques reste un principe indéboulonnable. En dehors de die Grünen, aucun parti n’entend y renoncer. « Quand on voit la quantité de dettes accumulées, la question est de savoir quand va-t-on passer à la caisse et comment, que ce soit avec la création d’un impôt sur la fortune, d’une taxe sur le numérique ou d’un autre nouvel impôt », s’inquiète Hans Peter Fuchs.   

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