Mi-février, le français Alstom annonce le rachat de son homologue canadien Bombardier Transport. Les deux industriels ont des sites dans le Nord, près de Valenciennes : à Crespin, pour Bombardier et à Petite-Forêt pour Alstom. Pour Henri Poupart-Lafarge, président du conseil d’administration et directeur général d’Alstom, cette acquisition est "une opportunité unique de renforcer notre position mondiale sur le marché en forte croissance de la mobilité. Elle renforcera notre présence internationale ainsi que notre capacité à répondre à la demande toujours plus importante de solutions de mobilité durable". Mais sur les sites nordistes, l’inquiétude est grande.
"Si on s’attarde notamment sur la communication faite par Alstom, on mesure l’intérêt pour cette ouverture à l’international. Or de nombreux pays souhaitent que la fabrication se fasse sur leur propre territoire, à la manière de Toyota qui fabrique là où le marché se trouve", analyse Ludovic Bouvier, responsable de la CGT Métallurgie dans la région.
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"Il n’y a pas du tout l’idée de restructurations ou de menace sur l’emploi dans cette acquisition, bien au contraire", précise pour sa part Henri Poupart-Lafarge. Même position côté Bombardier. "Nous continuons à travailler comme à notre habitude, nous dit-on chez Bombardier. Il n’y a aucun changement de stratégie vis-à-vis de nos fournisseurs." Tout du moins jusqu’à l’annonce, prévue au premier trimestre 2021, de la décision de la Commission européenne qui doit évaluer cette acquisition.
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"Col blanc" et sous-traitants concernés
Chez Bombardier, le carnet de commandes est plein jusqu’en 2023. Même visibilité sur plusieurs années chez Alstom. "Ce sont deux groupes similaires, qui jusque-là étaient concurrents sur le marché européen. Dans le secteur ferroviaire, deux tiers des employés sont des ingénieurs d’études, des cadres. La partie industrielle n’est pas la plus importante. Je ne pense pas qu’en termes d’innovation, l’activité nécessitera des doublons au niveau des bureaux d’études", doute Ludovic Bouvier.
La région concentre environ 8 000 salariés du ferroviaire, soit 40 % des effectifs nationaux. "Nous sommes d’autant plus inquiets pour les équipementiers et les sous-traitants, poursuit le syndicaliste. Certains travaillent exclusivement pour Alstom ou Bombardier. Il y a un réel risque de diminution de commandes les concernant."
Ali Benamara, président de l’AIF (association des industries ferroviaires) des Hauts-de-France se veut plus optimiste. "Ce mariage permet à Alstom de devenir le deuxième constructeur mondial et ainsi concurrencer l’actuel leader chinois CRRC. Depuis quelques années, le marché du ferroviaire est porteur, avec un nombre de commandes en croissance. Notre filière est capable de s’adapter. En se regroupant, nous sommes plus forts."



