Alstom s’offre les trains de Bombardier pour 6 milliards d’euros et promet "ni restructuration, ni menaces sur l'emploi"

[ACTUALISE] Alstom annonce ce 17 février le rachat de Bombardier Transport pour une somme comprise entre 5,8 et 6,2 milliards d’euros. La transaction doit encore être validée par Bruxelles, qui avait mis son veto à une fusion avec l’allemand Siemens en 2019. Son PDG, Henri Poupart-Lafarge, se justifie sur l'accord signé avec l'industriel canadien.

 

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Train Omneo de Bombardier
Le train Omneo de Bombardier pourrait rejoindre la flotte d'Alstom.

Un rachat à très grande vitesse. 24 heures après avoir officialisé la tenue de discussions avec Bombardier pour le rachat de sa division Transport, Alstom a annoncé lundi 17 février avoir trouvé un accord en signant un "memorandum of understanding" avec l'industriel canadien. Le rachat de la branche ferroviaire de ce dernier se ferait pour un prix d’acquisition compris entre 5,8 et 6,2 milliards d’euros, "en fonction des comptes de Bombardier", annonce le Français. Bombardier Transport serait ainsi valorisé peu ou prou au montant de son chiffre d’affaires, 7,4 milliards d'euros fin 2019.

L’opération pourrait être effective au premier semestre 2021. Alstom pourrait alors ajouter les 32 milliards d’euros du carnet de commandes de son concurrent canadien au sien (40 milliards d’euros fin 2019)… à condition que la transaction soit validée par les autorités de la concurrence, notamment européennes. Bruxelles avait en effet mis son veto à une fusion Alstom-Siemens début 2019. Depuis, la concurrence s'est affûtée. Mais Henri Poupart-Lafarge, le PDG d'Alstom, se veut confiant. "Le dossier est très différent de celui qui prévalait avec Siemens", assure-t-il lors d'une conférence téléphonique le 17 février en soirée. Les enjeux de "concentration majeure" dans les activités de signalisation ou de TGV sont écartés à ses yeux, "Bombardier y étant beaucoup plus faible" que son concurrent allemand.

Le premier actionnaire d'Alstom sera canadien

L’acquisition de 100% des actions de Bombardier Transport sera payée pour partie en numéraire et pour partie en actions nouvellement émises par Alstom via des augmentations de capital. Celui-ci fera entrer à son capital la Caisse des dépôts et des placements (CDPQ) canadiennes, qui deviendra son premier actionnaire avec 18 % du capital. L’équivalent canadien de la Caisse des dépôts françaises détenait un tiers du capital de l’ex-Bombardier Transport. La CDPQ est un investisseur de long terme et financier, "qui agit comme un fonds de pension" et est déjà présent au capital d'entreprises françaises telles Keolis ou Suez Water, insiste Henri Poupart-Lafarge. Elle ne prendra pas la place de Bouygues, qui conservera 10 % du capital d’Alstom (contre 14,7% aujourd'hui). Bombardier en détiendra également 3 %, "mais c'est une modalité de paiement, il n'a pas vocation à rester", assure le patron d'Alstom, qui précise qu'il ne reprendra par ailleurs aucune dette de Bombardier.

Alstom ne va-t-il pas payer Bombardier Transport trop cher, alors que le groupe canadien cherche à tout prix à se désendetter ? "Nous achetons à peu près 30% plus cher que ce que la CDPQ avait payé il y a quatre ans, ce qui correspond environ à la prime de contrôle" payée pour devenir majoritaire d'une entreprise, estime Henri Poupart-Lafarge. "Et le secteur est très porteur, donc l’opération est équilibrée."

200 millions d'euros de synergies de coûts en 2025

Alstom espère dégager 400 millions d’euros de synergies de coûts par an à l’horizon 2025. Le Français explique que son activité est complémentaire de celle de son homologue canadien, d’un point de vue géographique notamment. Il pourra bénéficier de la présence de Bombardier en Amérique du nord et en Chine par exemple. Le communiqué d’Alstom est peu prolixe sur les capacités de production des deux groupes : il indique néanmoins que le nouveau groupe pourra bénéficier "d’une présence industrielle dans des pays offrant une base de coûts attractive comme l’Europe de l’Est, le Mexique ou la Chine et une complémentarité dans les pays matures comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni".

Qu'en est-il de l’ancrage européen d’Alstom et Bombardier ? La division ferroviaire de Bombardier compte 63 sites de production et d’ingénierie dans 27 pays, et notamment des sites en Allemagne, en Belgique et France. Les deux entreprises sont déjà voisines dans le département du Nord – à Crespin pour Bombardier et Petite-Forêt pour Alstom. Elles travaillent d'ailleurs ensemble sur plusieurs commandes de rames de métro MF19 et surtout le méga contrat du RER nouvelle génération.

Henri Poupart-Lafarge écarte toute idée "de restructuration ou de menaces sur l'emploi" dans l'Hexagone. "L'usine Crespin de Bombardier est pleine [tourne à pleine capacité, ndlr] pendant de nombreuses années maintenant, avec des contrats que l'on développe largement en commun". Idem pour l'usine de Valenciennes, assure-t-il.

Mais que deviendront les usines allemandes de Bombardier, qui rencontrent des difficultés? "Ponctuellement, dans certaines géographies, il peut y avoir des adaptations d'usines" en fonction de leurs carnets de commandes, répond le dirigeant français, qui renvoie le cas spécifique d'outre-Rhin à Bombardier.

Bruno le Maire va s'entretenir avec Margrethe Vestager

Le ministre de l'Economie français Bruno le Maire a précisé ce 17 février se féliciter "qu’Alstom, à travers l’acquisition de Bombardier Transport, joue un rôle de premier plan dans le renforcement nécessaire de l’industrie ferroviaire européenne. Ce rapprochement permettra à Alstom de préparer l’avenir, dans un contexte de concurrence internationale de plus en plus intense", déclare-t-il dans un communiqué.

Pour éviter de connaitre une nouvelle désillusion à Bruxelles, Bruno le Maire va s'entretenir dès le 18 février avec Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne. Il défend d'ores et déjà "développement d’une industrie ferroviaire européenne forte et compétitive". "Le gouvernement veillera à ce que cette opération soit créatrice de valeur pour l’industrie française et européenne ainsi que pour les salariés d’Alstom, de Bombardier ou de leurs sous-traitants", promet-il.

Sylvain Arnulf, avec Gaëlle Fleitour

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