En proie à des difficultés financières récurrentes, Bombardier tente tant bien que mal de sortir la tête de l’eau. Alors qu’il s’apprête mi-février à présenter des résultats très inférieurs à ce qui était envisagé, le géant canadien échafaude des scénarios de sortie vers le haut au sein de ses deux piliers industriels. Si l’heure serait au mariage avec Alstom côté ferroviaire, la désunion semble privilégiée en ce qui concerne l’aéronautique…
Pour celui qui se voyait, au mitan des années 2000, tutoyer Airbus et Boeing dans les cimes avec le désir de bousculer cet inamovible duopole, le scénario qui se profile tient du cauchemar. Voire du crash industriel. L’entreprise n’a pas caché que sa participation au programme A220 pouvait être bientôt compromise…
Sortie de l'A220 ?
Triste sort pour celui qui fut pourtant à l’origine de ce monocouloir ultra moderne : avant d’être racheté par Airbus en 2018 puis renommé A220, le CSeries devait permettre à Bombardier de se faire une place au soleil sur le segment des courts moyen-courriers dominé par l’Airbus A320 et le Boeing 737. Les difficultés dans le développement de l’appareil, la guerre commerciale engagée avec les deux géants de l’aéronautique et le trop faible niveau de commandes auront eu raison de ce programme ambitieux. Aujourd’hui, Bombardier détient encore 33,58 % de la Société en commandite Airbus Canada, contre 50,06 % pour Airbus et 16,36 % pour l’Etat québécois. "Bombardier réévalue sa future participation dans Société en commandite Airbus Canada", fait savoir le groupe. En clair : le groupe pourrait revendre ses parts dans le programme et renflouer ses caisses qui se vident aussi vite que le tonneau des Danaïdes.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 17093.18-0.23
Mars 2026
Cours mensuel du nickel - settlement$ USD/tonne
Le groupe n’est en effet pas en mesure d’assurer les nouveaux investissements nécessaires, en particulier au niveau du site d’assemblage de Mobile (Alabama), qui repoussent le seuil de rentabilité du programme. Des investissements nécessaires notamment pour assurer la montée en cadences de production d’un programme qui décolle enfin commercialement, cumulant 600 commandes nettes à fin 2019 (95 pour l’A220-200 et 505 pour l’A220-300). La presse canadienne se fait également l’écho d’une possible version allongée de l’appareil, l’A220-500, ce qu’Airbus dément, nécessitant là-encore de nouveaux besoins financiers.
Vente à la découpe
Cette sortie du programme A220 s’inscrit dans un désistement progressif de Bombardier du secteur aéronautique. En quelques années, le groupe qui a été au bord du dépôt de bilan, s’est débarrassé de bon nombre de ses activités aéronautiques et a cédé des usines à l’étranger comme à Belfast (Irlande du Nord) et à Casablanca (Maroc). Le programme d’avions régionaux CRJ ? Il a été racheté en juin 2019 par le japonais Mitsubishi pour 550 millions de dollars, une opération qui devrait être effective cette année. Le turbopropulseur Q400 ? Il a été cédé pour 300 millions de dollars au canadien Viking Air (groupe longview Aviation). Les aérostructures ? Vendues en octobre dernier à l’équipementier américain Spirit AeroSytems. L’activité de câblage aéronautique ? C’est le français Latécoère qui est en train de mettre la main dessus.
Les avions d'affaires, une pépite... à vendre ?
Bombardier Pour Bombardier, l’aéronautique se réduit donc comme peau de chagrin. Que reste-t-il aujourd’hui ? Une pépite : sa gamme d’avions d’affaires, composé des Learjet, des Challenger et des Global, chacun étant décliné en plusieurs versions. Des appareils, pour certains hauts de gamme, qui donnent d’ailleurs du fil à retordre au français Dassault Aviation. En 2019, Bombardier assure avoir livré 175 avions, incluant 11 Global 7 500.
Mais là encore, l’avenir de cette activité est des plus incertains. Bombardier n’a au passage pas caché qu’il avait connu l’an dernier des retards conduisant à un report de livraisons de quatre avions Global 7 500 au cours du premier trimestre de 2020, ternissant sa rentabilité. La vente de cette activité pourrait permettrait de réduire une partie de la dette du groupe. Qui plus est, depuis une dizaine d’années, le secteur de l’aviation d’affaires connaît une croissance erratique et une guerre des prix impitoyables entre concurrents. La presse canadienne bruisse depuis peu de scénarios de ventes de tout ou parties de cette activité.
De quoi susciter l’intérêt de Dassault ? En pleine forme financière malgré les méventes de ses Falcon, l’avionneur pourrait y voir l’occasion de mettre la main sur des appareils en mesure de garnir sa flotte. Le scénario ne semble pour autant pas à l’ordre du jour au sein de l’entreprise. Et il n’est pas à exclure que le gouvernement canadien pourrait, in extremis, venir de nouveau à la rescousse de cette entreprise emblématique pour lui éviter une telle débandade.
Une croissance à la baisse
14,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires estimé pour 2019 (contre 14,7 milliards d’euros en 2018)
Dont 6,8 milliards d’euros pour l’aviation et 7,5 milliards d’euros pour le ferroviaire
Carnets de commandes : 13 milliards d’euros dans l’aviation et 32,3 milliards d’euros dans le ferroviaire
68 000 salariés



