L'industrie du câble ne profite pas encore pleinement de la transition énergétique

Malgré un marché en baisse depuis quelques années, les industriels du câble envisagent un rebond à moyen terme, impulsé par les investissements massifs dans les réseaux électriques et les datacenters, a indiqué Sycabel, la fédération des industriels du secteur, jeudi 19 juin. 

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Nexans
Fortement impacté par la morosité du secteur du bâtiment, le chiffre d'affaires globale des fabricants de câble à baissé de près de 4% l'an dernier. L'industrie a réalisé 55% des ventes à l'étranger.

La transition énergétique a beau être sur toutes les lèvres, elle ne produit pas encore tous ses effets. C’est ce qui ressort du bilan d’activité présenté jeudi 19 juin par les représentants du Sycabel, le syndicat des fabricants de câbles qui réunit 90% de la profession. «Il y a eu beaucoup d'investissements dans la production d’électricité en France, mais la consommation augmente de façon plutôt faible», relève Philippe Armand, délégué général, qui évoque «un développement des usages pas tout à fait au niveau» dans les véhicules électrique et la décarbonation de l'industrie. L’an dernier, les industriels français du câble ont réalisé 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Près de 4% de moins que la période précédente, déjà en recul par rapport à 2022.

La demande en câbles moyenne tension décolle 

Le marché des câbles, qui comprend les produits pour l’énergie comme pour les télécommunications, est impacté à la fois par la morosité du secteur de la construction (les câbles du bâtiment représentent un peu moins du tiers des ventes de l’industrie) et par la fin imminente du plan de raccordement du réseau très haut débit.

Source de satisfaction, la demande de produits pour la haute tension est, elle, «nettement supérieure aux années passées», indique Franck Baron, président de l’organisation qui évoque une tendance européenne. En outre, la demande pour les câbles moyenne tension, utilisés notamment par Enedis pour ses réseaux de distribution «frémit», assure celui qui est aussi directeur général de Prysmian France Belgique Afrique.

Data center: 50 à 100 millions d'euros par an de câble énergie 

Parmi les nouveau relais de croissance de l’industrie – à l’instar des nouvelles unités de production énergétique, des prévisions de l’aéronautique et du développement des automobiles électriques – l'impact du déploiement des datacenters porté par les quelque 109 milliards d’euros d’investissement dans l’IA en France reste encore difficile à évaluer.

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«Les datacenters représentent 3% de la consommation énergétique en France actuellement, elle devrait passer à 6% d’ici à 2030», indique Guillaume Texeira, trésorier de Sycabel et vice-président France et Europe du sud building et territoire de Nexans. Des prévisions qui devraient se traduire par des besoins en câbles énergie d’une fourchette «entre 50 et 100 millions d'euros par an». Aucune projection n’est en revanche disponible pour le câble de fibre optique, tout aussi essentiel.

RTE, Enedis, moteurs de la demande

Nonobstant un chiffre d’affaire global à la baisse, l’industrie du câble reste optimiste. «Le marché de la construction doit se stabiliser dans les prochains mois», indique Franck Baron faisant référence aux perspectives données par la fédération française du bâtiment.

Surtout, les besoins liés à la transition énergétique dans les infrastructures et la distribution d’énergie promettent un sérieux appel d’air. RTE et Enedis ont annoncé la couleur. Le premier a annoncé un besoin d’investissement de 100 milliards d’euros d’ici 2040, avec un rythme qui passerait de 1,5 milliard en moyenne ces dernières années à 3,7 milliards dès 2027. Le second table sur un investissement de 96 milliards d’euros d’ici à 2040, avec un niveau annuel passant de 3,4 à 5,5 milliards d'euros à partir de 2030.

Le défi de la main-d'oeuvre

Si les prévisions de vente de câbles à moyen terme sont positives, les difficultés de recrutement constituent, elle, une forte inquiétude pour l’ensemble de la filière industrielle. «Attirer de jeunes opérateurs dans des usines qui tournent sur des cycles horaires qui ne conjuguent pas toujours bien vie professionnelle et personnelle n’est pas simple», assure Guillaume Texeira, qui évoque une situation identique chez les grands opérateurs à la recherche d’installateurs qualifiés.

Un vrai défi, selon le vice-président de Nexans, qui s'autorise un rapide calcul : «Puisqu'on double le montant d'investissement du côté RTE comme du côté Enedis, le besoin en manœuvre va mécaniquement croître dans des proportions similaires». Il va y avoir de l’embauche.

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