Le fabricant de systèmes de câbles Nexans annonce, mardi 22 octobre, un investissement de 90 millions d’euros sur son site lensois (Pas-de-Calais). L'usine, hautement stratégique, où L’Usine Nouvelle s’était rendu en 2022, fond des cathodes de cuivre en fil machine avant d'en faire un conducteur qui intègrera les câbles électriques dans les usines de l’industriel. Unique fonderie de ce type en France, le site transforme 160 000 tonnes du précieux métal expédié essentiellement d’Amérique latine.
A partir de 2027, ce chiffre grimpera pour passer à 240 000 tonnes. Pour y parvenir, un nouveau bâtiment va sortir de terre. En remplacement du four et de la ligne de production actuels, il accueillera un matériel conçu par Continuus Properzi, entreprise italienne spécialisée dans les hautes technologies de coulée continue, laminage et fonte de cuivre et d’aluminium. «C’est un investissement significatif car on met en place une usine innovante avec des technologies avancées», précise Vincent Dessale, directeur des opérations de Nexans. «Il y aura deux fours. Un premier, traditionnel, et un second dédié au raffinage qui génèrera 80000 tonnes de cuivre recyclé. Les deux travailleront de concert pendant 16 heures. Les 8 heures restantes, la matière du second sera incorporée dans la coulée du premier.»
30% de cuivre recyclé
Grâce à la nouvelle unité, l’industriel français, qui intègre actuellement 5% de matière recyclée sur son site - des chutes de production essentiellement - ambitionne d’atteindre un taux d’environ 30%. «Avec la technologie actuelle, seuls des déchets de haute qualité et en volume limité peuvent être intégrés au processus, afin d’obtenir un produit fini correspondant aux besoins techniques, électriques et mécaniques. Avec la future, nous aurons un potentiel de récupération de "scrap" bien plus large», indique le directeur des opérations qui complète : «on pourra descendre en qualité de cuivre en entrée, tout en conservant la qualité en sortie».
Outre les câbles récupérés sur les chantiers et auprès des électriciens, la matière pourra, par exemple, provenir de la tuyauterie, très présente dans le BTP. En développant le recyclage, Nexans se prépare à l’inéluctable raréfaction du cuivre dont les capacités d’extraction n’arriveront bientôt plus à suivre la consommation. Selon l'entreprise, la demande mondiale de cuivre devrait passer de 31 à 39 millions de tonnes entre 2023 et 2030, avec un déficit de cinq millions de tonnes de matière à cette échéance. «Il y a les besoins en électrification amplifiés par la transition énergétique, complétés par l’essor de la décarbonation des entreprises polluantes. Et désormais, la croissance exponentielle des besoins pour alimenter les datacenters, maillons essentiels au développement de l’IA», explique Vincent Dessale.
80% de réduction de la consommation d’eau
Modèle d’économie circulaire donc, la future usine, dont les travaux de terrassement ont débuté, mettra aussi l’accent sur le développement durable. D'après les chiffres de l'industriel, la nouvelle technologie réduira la consommation d’eau du site de 100 000 m3/an à 2 000 m3/an grâce à un refroidissement par circulation d’eau en circuit fermé. Dans l’air, la fonderie rejettera moitié moins de particules.
Le nouveau procédé diminuera aussi de 15% la consommation d’énergie sur le périmètre actuel de production (ETP) qui entrainerait une diminution des émissions de gaz à effet de serre. L’investissement, qui pourrait, avant la fin d’année, obtenir une aide financière de l’Etat sollicitée dans le cadre de France 2030, devrait être accompagné d’une trentaine de création d’emplois (le site compte 160 salariés aujourd'hui). La hausse de capacité de l’usine de Lens, où l’industriel réaffirme son ancrage, donnera l’occasion au spécialiste du câble de fournir de nouveaux sites acquis ces dernières années à l’instar de Reka en Finlande ou encore l’italien La Triveneta Cavi.
La fonderie de Lens, la quatrième exploitée par Nexans dans le monde (avec des sites au Canada, Pérou et Chili), deviendra, après l’investissement, la plus performante du groupe du point de vue environnemental. Un projet stratégique qui pourrait bien s’étendre à d’autres continents, envisage Vincent Dessale qui tient toutefois à temporiser. «Chaque chose en son temps.On met en place le projet, on prend la maitrise du processus, on met en place la filière avec le sourcing de 80 000 tonnes de déchets de cuivre.»



