Encore très majoritairement alimentés au diesel, les camions pèsent lourd dans le bilan carbone du secteur des transports. Alors que de plus en plus de constructeurs se tournent vers l'électrique pour tenter de réduire leurs émissions, Hyliko estime que la filière ne pourra réussir sa mue qu'en adoptant à grande échelle des solutions de mobilité hydrogène. Fondée en 2021, la start-up parisienne, qui compte moins de cinquante salariés, a justement profité du salon Hyvolution, grand-messe consacrée à cette source d'énergie, pour dévoiler son premier modèle de poids lourd.
Pour concevoir ce véhicule bleu et blanc, capable de tracter une remorque de 44 tonnes, Hyliko s'est entourée de partenaires prestigieux. Construit sur la base d'un Renault Trucks T rétrofité, l'engin embarque un réservoir à hydrogène Plastic Omnium, d'une capacité de stockage de 40 kilos, et une batterie électrique de 60 kWh, fournie par Forsee Power. «Nous voulions travailler avec des acteurs reconnus afin d'accélérer la mise en place du projet, tout en privilégiant un écosystème made in France», explique Lionel Bertuit, directeur mobilité de l'entreprise. L'autonomie atteint pour l'instant 400 kilomètres, mais la jeune pousse envisage déjà de faire passer la pression du stockage de 350 à 700 bars, pour monter jusqu'à 900 kilomètres.
Hydrogène et biochar
Soutenue par Kouros, un fonds d’investissement industriel luxembourgeois spécialisé dans la transition énergétique, la start-up compte se différencier de ses concurrents grâce à son approche «truck as a service». Elle ne se définit d'ailleurs pas comme un simple constructeur, mais comme une «plateforme de décarbonation de la mobilité», précise Lionel Bertuit. Sa solution clé en main inclut notamment le leasing des camions, leur maintenance, les services de gestion de flotte et les stations de recharge.
Hyliko va même encore plus loin, en produisant directement l'hydrogène nécessaire à l'alimentation de ses poids lourds. Pour cela, elle fait appel à Carbonloop, une autre société portée par Kouros, qui fabrique le sien à partir de thermolyse de biomasse (pour l'instant issue de résidus de bois). L'entreprise propose par ailleurs une solution de séquestration de CO2 grâce au biochar, une poudre de charbon aux multiples vertus écologiques. «Nous qualifions ainsi notre hydrogène comme "super vert", puisqu'il permet aux camions d'afficher un bilan carbone négatif», s'enthousiasme le directeur mobilité.
Un «pôle d'excellence» dans l'Essonne
Cette diversification engendre néanmoins un coût : les véhicules développés par la société sont en moyenne 2,5 fois plus chers que leurs équivalents diesel. «Les prix vont fortement baisser avec le passage à l'échelle de l'hydrogène, assure Lionel Bertuit. Pour l'instant, le prix n'est de toute façon pas un problème pour nos clients, car ils doivent remplir d'importants objectifs de décarbonation». Avant le salon Hyvolution, la «plateforme» avait déjà décroché 350 précommandes, auprès notamment de Point P, la filiale distribution de Saint-Gobain, mais également des transporteurs Berto et BeRT&You.
Si elle parvient à obtenir l'homologation route dans les délais prévus, Hyliko mettra en service ses premiers poids lourds en septembre 2023. Sur le plus long terme, elle ambitionne de déployer 6 000 camions et 60 stations d'avitaillement d'ici à 2030. La première d'entre elles devrait être inaugurée mi-2024 à Villabé (Essonne), au sein d'un «pôle d'excellence» qui comprendra également un site de production d'hydrogène, des bureaux, un showroom, un centre de maintenance et une école de formation au service après-vente.



