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Un SUV alimenté par des capsules à hydrogène, le pari de la start-up tricolore NamX

Cinq mois après avoir présenté son projet de SUV, la start-up tricolore NamX a dévoilé, lors du Mondial de l'Automobile, son système de distribution de capsules à hydrogène. Ses dirigeants ambitionnent de déployer un réseau de recharge dès 2024 puis de livrer leurs premiers véhicules à la fin de l'année 2025.

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NamX HUV hydrogène
NamX compte commercialiser son HUV entre 65 000 et 95 000 euros.

Entouré d'une foule de curieux, Thomas de Lussac appuie sur sa télécommande pour ouvrir un compartiment situé en dessous du coffre du SUV. Le designer saisit par la poignée l'une des six capsules à hydrogène apparues comme par magie et se dirige vers une espèce de cabine, pas si différente des distributeurs automatiques classiques des aires d'autoroute. Il place le réservoir amovible de 60 cm dans un espace vide, en récupère un nouveau puis installe ce dernier dans le compartiment initial, avant de le refermer. «Faire le plein n'aura jamais été aussi facile», assure le cofondateur de NamX, la start-up venue présenter sa «nouvelle vision de la mobilité» au Mondial de l'Auto qui se tient à Paris du 17 au 23 octobre.

Pour comprendre ce projet, il faut d'abord remonter en 2017. Après avoir fondé une plateforme de services informatiques, Faouzi Annajah cherche une nouvelle aventure. Cet entrepreneur franco-marocain, qui n'a alors que 24 ans, décide de revenir à sa première passion: l'automobile. «Mon père a passé 35 ans chez Renault, notamment à l'usine de Flins (Yvelines), raconte-t-il à L'Usine Nouvelle au salon parisien. J'ai moi-même commencé ma carrière comme conseiller commercial pour Volkswagen.»

La patte de Pininfarina dans le design

L'apprenti constructeur sait d'emblée qu'il veut créer une marque en phase avec l'électrification du secteur, mais voit de nombreuses contraintes dans les modèles à batteries. «La faible autonomie des voitures électriques et leur temps de recharge important ne correspondent pas vraiment au sentiment de liberté que j'associe au plaisir de conduire», explique-t-il. Au bout de quelques mois, le choix de la pile à combustible à hydrogène s'impose à lui. 

Celui qui se décrit comme étant «à contre-courant» du reste de l'industrie, tient bon. En 2018, il publie une petite annonce et rencontre le designer Thomas de Lussac, alors spécialisé dans les objets connectés et le mobilier haut de gamme. Entre le jeune ambitieux et le quinquagénaire expérimenté, le courant passe. Ensemble, ils fondent NamX (New Automotive and Mobility Exploration) et commencent à travailler sur les premières maquettes. Les deux associés sollicitent l'aide de l'entreprise italienne Pininfarina, à qui on doit la carrosserie des plus belles Ferrari et des coupés Peugeot, tout en recherchant le soutien de divers investisseurs privés.

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Des tarifs très haut de gamme

En mai 2022, la start-up tricolore dévoile son véhicule, baptisé HUV. Une sorte de SUV premium aux courbes élancées et doté de flancs, de jantes et d'une signature lumineuse en forme de X, un clin d'œil évident au nom de la marque. Le constructeur prévoit déjà deux versions: la première, équipée d'un moteur de 300 chevaux, devrait être vendue 65 000 euros et la seconde, une déclinaison GTH de 550 chevaux, 95 000 euros.

Les deux modèles possèderont un réservoir à hydrogène capable d'assurer une autonomie de 500 kilomètres, mais pourront parcourir jusqu'à 300 kilomètres supplémentaires grâce à la principale innovation de NamX: six capsules à hydrogène amovibles. «Aujourd'hui, l'un des principaux freins au développement de l'hydrogène, c'est l'infrastructure, estime Faouzi Annajah. Il n'existe à ce jour que huit stations-service délivrant de l'hydrogène aux particuliers en France et il faudra sûrement attendre plusieurs années avant d'atteindre un niveau suffisant». Un problème que l'entreprise entend résoudre en déployant un réseau de distributeurs automatiques de capsules, les CapXtores, dont les prototypes ont été présentés à l'occasion du Mondial.

Un projet à 700 millions d'euros

«C'est une solution beaucoup moins coûteuse et plus agile que les stations, presque aussi simple à installer que des distributeurs de Coca, s'amuse Thomas de Lussac. Elle permettra de démocratiser l'usage de l'hydrogène et de le rendre accessible à tous, pas seulement aux citadins.» Le constructeur prévoit d'inaugurer ses premiers CapXtores dans quelques villes pilotes dès 2024, puis d'étendre progressivement son réseau français afin d'atteindre l'objectif d'un distributeur minimum tous les 40 kilomètres, avant de chercher à conquérir l'Europe. En parallèle, la jeune pousse réfléchit déjà aux autres applications potentielles de ses capsules, en dehors de l'automobile. Elle collabore notamment avec une écurie engagée sur le Vendée Globe 2024 afin de remplacer le diesel du navire par ses réservoirs à hydrogène portables.

Lors du salon parisien, NamX en a aussi profité pour annoncer l'ouverture des réservations du HUV, dont les premières livraisons sont attendues pour la fin de l'année 2025. A cette date, la start-up espère compter quelque 1 000 salariés, contre une cinquantaine aujourd'hui. Mais pour mériter vraiment le statut de constructeur, encore faudra-t-il qu'elle se lance dans la production. «Nous envisageons une fabrication en France ou en Afrique, mais le lieu dépendra de nos partenariats, précise Faouzi Annajah. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un projet industriel conséquent, qui devrait nécessiter plus de 700 millions d'euros d'investissement.»

NamX CapXtore hydrogèneValentin Hamon--Beugin
NamX CapXtore hydrogène NamX CapXtore hydrogène

L'objectif de NamX : déployer suffisamment de CapXtore pour que la France en compte un minimum tous les 40 kilomètres.

La concurrence en embuscade

Outre le coût titanesque de leur plan, de nombreux défis attendent les deux compères. S'ils affirment mener des discussions avancées, ils n'ont encore pour l'instant signé aucun partenariat avec un énergéticien concernant la fourniture de l'hydrogène dont ils auront besoin. Par ailleurs, ils décrivent leur SUV comme une innovation complètement écologique, mais la grande majorité de l'hydrogène actuellement en circulation est encore produite avec des énergies fossiles. NamX devra également mettre le paquet sur la sécurité, car ce type d'alimentation induit d'importants risques d'incendie et d'explosion...

Enfin, l'entreprise devra faire face à une concurrence de plus en plus en rude. Dans le pavillon adjacent, Hopium présentait la Machina, sa berline à hydrogène bientôt assemblée en Normandie. Le japonais Toyota, l'un des premiers à avoir flairé le potentiel de cette technologie, a d'ailleurs lui aussi dévoilé début juin des prototypes de cartouches à hydrogène amovibles. Une compétition qui n'effraie pas les deux cofondateurs. «C'est un signal hyper positif pour tout l'écosystème, juge Thomas de Lussac qui ajoute, en bon entrepreneur à la recherche de financements: «D'ailleurs, la France devrait être fière de posséder deux pépites dans ce secteur. Nous espérons que le gouvernement saura nous soutenir.» 

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