Interrogé par plusieurs journalistes lundi 17 octobre à l'occasion du Mondial de l'Automobile, le directeur général d'Alpine, Laurent Rossi, a confirmé que les trois futurs véhicules de série de la marque de sport du groupe Renault seraient bien équipés de moteurs électriques. Le constructeur commencera par lancer en 2024 une voiture sportive, qualifiée de « R5 survitaminée » et « probablement fabriquée dans le Nord de la France, au sein du pôle ElectriCity ». Bientôt assemblé à Dieppe (Seine-Maritime), le crossover GT X-Over devrait quant à lui sortir en 2025, un an avant la commercialisation de la descendante électrique de l'A110, produite par Lotus en Angleterre.
Le dirigeant d'Alpine a malgré tout fait part de ses doutes quant au virage pris par l'industrie automobile depuis plusieurs années. «L'électrification est une très bonne solution, mais la technologie n'est pas assez mature aujourd'hui pour répondre à tous les usages», estime-t-il. Pour sa prochaine génération de véhicules, censée arriver sur le marché à partir de 2027, la marque prévoit ainsi d'avoir recours à d'autres solutions, comme les moteurs à combustion alimentés à l'hydrogène. Dévoilé en amont du salon, son concept-car Alpenglow explore cette possibilité. Il ne s'agit encore que d'un prototype, mais le constructeur espère faire rouler le bolide d'ici deux ans. « Nous ne sommes pas les seuls à explorer cette piste », assure Laurent Rossi, qui cite en exemple l'allemand Porsche ou le japonais Toyota.
Vers une dépendance à la Chine ?
Le directeur général se montre sceptique face à la décision de la Commission européenne de bannir tous les moteurs thermiques à l'horizon 2035 et laisse entendre que la France, l'Allemagne et l'Italie chercheraient à repousser ce calendrier. «Cette transition brutale aurait à la fois un impact sur les constructeurs, sur l'écosystème et, in fine, sur les consommateurs», regrette-il, en pointant du doigt les risques d'explosion des prix. Une position partagée par le directeur général de Stellantis, Carlos Tavares, qui a fustigé quelques heures plus tôt le «dogme du véhicule électrique pour tous» et ses «conséquences sociales pas gérables».
Laurent Rossi considère également que le passage au 100% électrique pourrait «détruire toute la capacité de recherche» du secteur et présenter un «véritable danger en termes de souveraineté», l'industrie chinoise ayant pris un train d'avance en matière de mobilité électrique, tant au niveau des voitures finies que des batteries. «Il s'agit d'une forme de réaction un peu extrême au scandale du Dieselgate, juge le directeur général d'Alpine. Je suis pour la mise en place de normes très sévères, mais ne pourrions-nous pas plutôt envisager des paliers qui permettraient de faire décroitre les émissions de CO2 de façon intelligente ?». A seulement quelques mètres de là, un stand de l'Association nationale pour le développement de la mobilité électrique (Avere) rappelait, à toutes fins utiles, que les voitures électriques émettent malgré tout cinq fois moins de gaz à effet de serre que les voitures thermiques.



