C’est l'un des paradoxes du plan hydrogène français. Contrairement à l’Allemagne, la France ne mise pas officiellement sur la mobilité hydrogène. Hormis l’appel à projets de l’Ademe sur les écosystèmes territoriaux d’hydrogène, doté d’une enveloppe de 275 millions d’euros, qui a déjà fléché 32 projets, le plan hydrogène français cible prioritairement les équipements et la production d’hydrogène décarboné pour l’industrie et les transports lourds.
Quasiment rien n’est pour l’instant prévu pour financer le transport et la distribution massive de cet hydrogène. Pour autant, parmi les 15 projets importants d'intérêt européen commun (PIEEC) qui pourraient bénéficier de financements supplémentaires de l’État, se trouvent des usines de réservoirs et de piles à combustibles pour la mobilité hydrogène.
Et « il n’y aura jamais d’avion hydrogène si on n’a pas avant développé les infrastructures pour le transport au sol. Airbus en est parfaitement conscient », remarque Pierre-Étienne Franc, le PDG du nouveau fonds hydrogène Hy24, ex-monsieur hydrogène d’Air Liquide.
Ce fonds, lancé le 1er octobre 2021 à l’initiative de TotalEnergies, Air Liquide et Vinci a quasiment levé les 1,5 milliard d’euros prévus pour investir dans les projets d’infrastructure hydrogène au niveau international. Après avoir participé au tour de table de l’allemand Hy2gen et pris 30% dans l’espagnol Enagás Renovable, il a décidé d’investir dans le consortium allemand H2 Mobility, pionnier des stations hydrogène. H224 a participé à hauteur de 70 millions d’euros au tour de table de 110 millions d’euros qu’annonce H2 Mobility le 29 mars. Les actionnaires historiques, Air Liquide, Daimler Truck, Hyundai, Linde, OMV, Shell et TotalEnergies réinvestissent eux 40 millions d'euros supplémentaires.
Ces fonds vont permettre à H2 Mobility de passer son parc de 90 stations hydrogène déployées en Allemagne et en Autriche, à 300 dont 200 de grande capacité, c’est-à-dire délivrant plus d’une tonne d’hydrogène par jour, contre en moyenne 100 à 200 kg dans les stations actuelles. « Cela va permettre de multiplier par 30 la capacité de charge du réseau », précise Pierre-Étienne Franc. Le réseau s’étendra jusqu’en Suisse. Mais rien n’est prévu en France. Les industriels français, comme HSR ou MacPhy, pourraient néanmoins bénéficier de ces développements. TotalEnergies et Air Liquide, qui va investir 8 milliards dans l'hydrogène, également.



