L’Île-de-France doit développer ses capacités industrielles de bioproduction

Producteur de biomédicaments, Yposkesi inaugure le 22 juin son deuxième site industriel à Evry-Courcouronnes (Essonne). L’Île-de-France pourrait devenir une région majeure dans le domaine très prometteur des biothérapies, grâce à la qualité de son écosystème de R&D. Mais son élan est freiné par l’insuffisance de sa capacité industrielle en bioproduction.

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L'Ile-de-France, bien dotée en R&D sur les biomédicaments, devrait pouvoir en produire plus.

Jeudi 22 juin, Yposkesi, le spécialiste français de la production à façon de médicaments de thérapies géniques et cellulaires, inaugure son deuxième site industriel à Evry-Courcouronnes (Essonne). L’entreprise va ainsi doubler sa capacité de production pour mieux répondre aux demandes de fabrication de lots cliniques et commerciaux émanant de ses clients. Un arbre qui cache la forêt car, en Île-de-France, l’offre de bioproduction est très insuffisante. Yposkesi est même le seul sous-traitant de la région francilienne. Il existe bien deux autres établissements producteurs de biomédicaments, mais ils ne fabriquent que pour leur compte.

Celui de Sanofi à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) est le plus important. Le groupe pharmaceutique français y développe et produit des anticorps monoclonaux. « Sur notre site de Vitry, nous avons une chaîne de bio-production complète qui mobilise près de 1000 personnes. Nous avons d’une part des équipes de R&D capables de développer des procédés et de produire des lots cliniques, de l’autre, le Biolaunch une unité industrielle de grande capacité dont la production est destinée aux biomédicaments de Sanofi », explique Jacques Volckmann, vice-président Recherche et développement de Sanofi France et président de France Biolead, une association ayant pour ambition de fédérer les acteurs de la bio-production en France.

L’autre établissement, CellForCure, situé aux Ulis (Essonne), est spécialisé dans les thérapies cellulaires CART-T et propriété de Novartis depuis 2019. Mais l’existence de ce site de deux cents emplois est menacée. En février dernier, le groupe propriétaire a fait savoir qu’il avait ouvert une procédure d’information-consultation portant sur la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). En parallèle, Novartis déclarait se mettre en quête d’un repreneur pour son établissement essonnien. Cette recherche doit se terminer fin juin.

Deux autres établissements des Ulis (Essonne) interviennent, eux, en amont de la production de biomédicaments: l’usine du LFB (Laboratoire Français de Fractionnement), dans les procédés de production de médicaments dérivés du plasma, et l’établissement de Regent Lab, dans la préparation de plasma autologue riche en plaquettes.

Quand les lots cliniques partent à l’étranger

Cette faible capacité de production n’est pas satisfaisante pour une région disposant d’un gros potentiel de R&D sur le sujet. C’est, en outre, une industrie peu consommatrice de foncier et donc cohérente avec ce que peut l’offrir l’Île-de-France. «D’une manière générale les biotechnologies peuvent répondre aux enjeux de maillage du territoire, avec des sites industriels plus facilement acceptés que ceux d’autres technologies», note Gilles Trystram, directeur général de Genopole à Evry-Courcouronnes.

Selon une étude récente réalisée pour l’agence Essonne Développement, le département accueille plus de 80 entreprises de biotechnologies, dont la plupart sont installées sur le campus du bio cluster Genopole (Evry-Courcouronnes), ainsi que 17 laboratoires académiques de recherche. Mais la même étude souligne la nécessité de renforcer les moyens industriels. «Lorsqu’une start-up atteint l’étape de la production, si elle n’a pas la capacité de le faire localement, elle va voir ailleurs, elle part avec ses lots et ne revient pas», constate Bernard Abondance, directeur opérationnel d’Essonne Développement.

Bernard Gilly, le président et fondateur de GenSight Biologics, une entreprise parisienne, a vécu cette migration forcée afin de conduire les campagnes d’essais cliniques du Lumevoq, un médicament traitant une pathologie rare de la rétine qui mène à la cécité. «Pour la phase 1, nous avons pu faire produire au Généthon d’Evry. Mais pour les phases 2 et 3 nous étions réglementairement tenus de fabriquer nos lots cliniques et commerciaux au même endroit. Ne trouvant pas de solution en France et en Europe nous avons pris la décision d’aller aux Etats-Unis», témoigne Bernard Gilly, qui déplore le manque de soutien de l’Etat aux médicaments innovants de la voie biologique.

Consolider l’écosystème de bioproduction

Le constat établi en Essonne vaut peu ou prou pour l’ensemble de l’Île-de-France. C’était d’ailleurs celui des premières assises régionales des biothérapies et de la bioproduction, qui se sont tenues en 2021. Tout en constatant que l’Île-de-France possédait toutes les forces pour développer une industrie de bioproduction, la manifestation s'était conclue sur la nécessité de structurer l’ensemble de l’écosystème. «Se focaliser sur la recherche ne suffit pas. Il faut à présent reconstruire toute la chaîne de valeur et l’optimiser! estime Jacques Volckmann. C'est ce que nous cherchons à faire avec la mise en place du Paris Saclay Cancer Cluster, dont l'objectif est de construire un écosystème en oncologie. Un écosystème apte à capter une science créatrice de valeur pour le patient. »

Deux intégrateurs industriels, MAGENTA à Genopole et Meary, rattaché à l’AP-HP (hôpitaux de Paris), viennent étayer cette stratégie. MAGENTA réalise des transferts de technologie vers l’industrie, en développant des procédés à l’échelle et des techniques d’automatisation et de contrôle. Meary dispose, lui, d’équipements pour produire des lots cliniques de médicaments de thérapie innovante (ATMP) expérimentaux.

L’activité de bioproduction a aussi besoin d’experts. La formation s’organise progressivement. Dès 2015, le Groupe IMT, spécialisé dans les métiers de l’industrie pharmaceutique, a ouvert au Genopole un centre doté d’un plateau technique pour préparer aux métiers de la bioproduction, au niveau bachelor et ingénieur. En 2020, un consortium d’industriels où figurent notamment Sanofi et Servier, a créé Campus Biotech Digital. Unique au monde, cette structure a recours à des solutions numériques pour assurer des formations couvrant l’intégralité des besoins de la chaîne de bio-production.

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