L’ANSM appelle les laboratoires à rendre plus repérables les médicaments utilisés pour de la soumission chimique

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) doit appeler, au début du mois de janvier 2025, les laboratoires pharmaceutiques à modifier l’aspect de leurs médicaments à risque de soumission chimique. Objectif : alerter les victimes potentielles de l’administration d’un médicament à leur insu – le plus souvent à des fins de viol ou d’agression sexuelle.

Verre de vin à la main
Dans sa dernière enquête, le centre d'addictovigilance de l’AP-HP de Paris a relevé 1229 crimes et délits facilités par une soumission chimique en 2022, marquant une augmentation de 69% par rapport à 2021. Les viols et agressions sexuelles constituent la majorité des actes commis.

Coloration, amertume, odeur inhabituelle… L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) doit appeler, au début du mois de janvier 2025, les laboratoires pharmaceutiques à faciliter la détection des médicaments à risque de soumissions chimiques, selon un communiqué de l’agence publié vendredi 20 décembre. Le changement de recette doit permettre d’alerter les victimes potentielles d’une soumission chimique, grâce à l’aspect inhabituel de leur boisson lors de l’administration à leur insu d’un médicament.

La substance administrée par les agresseurs est le plus souvent un médicament. Pêle-mêle, sont concernés antihistaminique, sédatif, benzodiazépine, antidépresseur, opioïde ou encore kétamine. Dans le cas d’une soumission chimique, ces produits sont administrés à l'insu de la victime à des fins criminelles ou délictuelles, le plus souvent en vue de viols ou d'agressions sexuelles. Les agresseurs se tournent également vers des substances non-médicamenteuses (MDMA, cocaïne, 3-MMC, GHB et ses dérivés ou l’alcool).

Pour protéger les victimes potentielles, l’ANSM appelle donc les industriels à modifier, sur la base du volontariat, le goût, l’odeur ou l’aspect visuel des médicaments à risque afin d’alerter les victimes potentielles. «L’objectif est de pouvoir modifier les AMM (autorisations de mise sur le marché), puis les médicaments effectivement mis sur le marché, sur la base des propositions des industriels et des discussions collégiales qui suivront», précise l’agence dans son communiqué. De premiers échanges se seraient déjà tenus sur le sujet entre l’agence et les industriels au cours d’un comité d’interface.

Plusieurs années avant de débarquer en pharmacie

Les fabricants devront notamment solliciter une nouvelle autorisation de mise sur le marché de leur médicament modifié. L’arrivée dans les tiroirs des pharmaciens des nouvelles formules devrait donc prendre plusieurs années. En 2007, les laboratoires Roche avaient accepté de colorer en bleu le Rivotril buvable, un médicament dédié au traitement de l'épilepsie, alors l'un des médicaments les plus utilisés dans les affaires de soumission chimique. Sa version bleue est arrivée en pharmacie six ans plus tard, en 2013.

Sinistre constat : les signalements de soumission chimique ont presque doublé entre 2021 et 2022. Au total, 1229 signalements suspects de soumission chimique en France ont été recensés par le centre d'addictovigilance de l’AP-HP de Paris en 2022, contre 727 en 2021 et 539 en 2020, selon la dernière enquête de l’établissement parue en novembre 2023. Coïncidence du calendrier, l’ANSM, qui souhaitait alerter avant les festivités de la fin de l’année, a publié son communiqué au lendemain de la condamnation de Dominique Pelicot et de 50 autres hommes pour les viols sous sédation subis par Gisèle Pelicot près d’une décennie durant.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs