Coloration, amertume, odeur inhabituelle… L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) doit appeler, au début du mois de janvier 2025, les laboratoires pharmaceutiques à faciliter la détection des médicaments à risque de soumissions chimiques, selon un communiqué de l’agence publié vendredi 20 décembre. Le changement de recette doit permettre d’alerter les victimes potentielles d’une soumission chimique, grâce à l’aspect inhabituel de leur boisson lors de l’administration à leur insu d’un médicament.
La substance administrée par les agresseurs est le plus souvent un médicament. Pêle-mêle, sont concernés antihistaminique, sédatif, benzodiazépine, antidépresseur, opioïde ou encore kétamine. Dans le cas d’une soumission chimique, ces produits sont administrés à l'insu de la victime à des fins criminelles ou délictuelles, le plus souvent en vue de viols ou d'agressions sexuelles. Les agresseurs se tournent également vers des substances non-médicamenteuses (MDMA, cocaïne, 3-MMC, GHB et ses dérivés ou l’alcool).
Pour protéger les victimes potentielles, l’ANSM appelle donc les industriels à modifier, sur la base du volontariat, le goût, l’odeur ou l’aspect visuel des médicaments à risque afin d’alerter les victimes potentielles. «L’objectif est de pouvoir modifier les AMM (autorisations de mise sur le marché), puis les médicaments effectivement mis sur le marché, sur la base des propositions des industriels et des discussions collégiales qui suivront», précise l’agence dans son communiqué. De premiers échanges se seraient déjà tenus sur le sujet entre l’agence et les industriels au cours d’un comité d’interface.
Plusieurs années avant de débarquer en pharmacie
Les fabricants devront notamment solliciter une nouvelle autorisation de mise sur le marché de leur médicament modifié. L’arrivée dans les tiroirs des pharmaciens des nouvelles formules devrait donc prendre plusieurs années. En 2007, les laboratoires Roche avaient accepté de colorer en bleu le Rivotril buvable, un médicament dédié au traitement de l'épilepsie, alors l'un des médicaments les plus utilisés dans les affaires de soumission chimique. Sa version bleue est arrivée en pharmacie six ans plus tard, en 2013.
Sinistre constat : les signalements de soumission chimique ont presque doublé entre 2021 et 2022. Au total, 1229 signalements suspects de soumission chimique en France ont été recensés par le centre d'addictovigilance de l’AP-HP de Paris en 2022, contre 727 en 2021 et 539 en 2020, selon la dernière enquête de l’établissement parue en novembre 2023. Coïncidence du calendrier, l’ANSM, qui souhaitait alerter avant les festivités de la fin de l’année, a publié son communiqué au lendemain de la condamnation de Dominique Pelicot et de 50 autres hommes pour les viols sous sédation subis par Gisèle Pelicot près d’une décennie durant.



