Depuis 2020, et la crise du Covid-19, la fréquentation des pharmacies a bondi de 28 %. C'est l'un des constats du nouveau baromètre NèreS, l'association représentant les laboratoires français commercialisant des produits sans ordonnance. Cette tendance s'accompagne de l'augmentation des ventes de produits de premier recours, regroupant les médicaments sans ordonnance, les dispositifs médicaux et les compléments alimentaires.
Une dynamique que l'organisation explique en partie par un parcours de soins encore hasardeux pour de nombreux Français. « Un patient français sur deux a renoncé à se soigner dans les douze derniers mois pour les maux du quotidien, à cause de la complexité du système de soins », alerte Paul-François Cossa, président de NèreS.
L'association plaide pour renforcer la place de la pharmacie dans le parcours de soins. Un objectif qui passerait, en partie, par rendre davantage de médicaments disponibles sans ordonnance (mais restant remboursables avec une ordonnance). Cette bascule, appelée délistage, prend de l'ampleur et devient un sujet de négociation avec les autorités.
« Nous avons entamé des discussions avec les différents organismes sanitaires français, notamment l'ANSM, la DGS et la DSS, pour avancer sur cette proposition », poursuit le président de NèreS. « Notre objectif est d’obtenir le délistage d’une cinquantaine de molécules d’ici à trois ans », insiste-t-il. À plus long terme, ce sont près d'une centaine de molécules que les industriels français aimeraient mettre à la libre disposition des patients.

Des médicaments traitant les mycoses ou la douleur
Parmi les médicaments visés, ceux déjà délistés dans les autres pays européens voisins. NèreS a ainsi comparé la liste des médicaments vendus sans ordonnance en Allemagne, en Angleterre, en Italie et en Espagne. « Il y a un peu plus d’une centaine de molécules délistées en France, et près du double chez nos voisins européens », chiffre Paul-François Cossa.
Si les domaines thérapeutiques des molécules visées n'ont pas encore été précisés à ce stade des discussions, Nères assure avoir travaillé avec plusieurs milliers de pharmacies dans l'Hexagone pour identifier les médicaments d'intérêt pour le patient. « En collaboration avec les pharmaciens, nous avons déterminé les molécules pour lesquelles la demande est la plus forte en officine et qui nécessitent une administration rapide comme le traitement des mycoses vaginales, des douleurs menstruelles ou des migraines », énumère le dirigeant.
Une première victoire a déjà été obtenue, il y a un an, avec le délistage de la fexofénadine, un antihistaminique indiqué dans le traitement de la rhinite allergique saisonnière.« Jusqu'à récemment, les molécules à la main du pharmacien pour traiter l'allergie étaient relativement limitées et avaient bien souvent pour effet secondaire la somnolence, que n'a pas la fexofénadine », explique le dirigeant. Un constat qu'a récemment posé le Leem, représentant des entreprises du médicament.
Une ambition commune à la filière pharma
En septembre dernier, en amont du projet de loi de financement de la sécurité sociale, le Leem avait présenté un plan, susceptible de générer plus d'un milliard d'euros d'économies. Parmi les mesures citées figurait le délistage de certaines spécialités, capables de dégager 300 M€ d'économies pour le budget de l'État.
À l'unisson de NèreS, Le Leem prend le pari qu’une partie des patients préfèreront débourser quelques euros de leur poche plutôt que de passer par un rendez-vous médical. « Le délistage fait partie des propositions d'économies que nous portons collectivement avec le Leem », apprécie Paul-François Cossa. « Nous estimons que 20 à 30 % des patients pourraient choisir la voie du non-remboursement pour accéder plus facilement à ces médicaments », projette-t-il.
Outre l'allègement de l'enveloppe nationale dédiée à la santé, le délistage de plusieurs molécules pourrait également contribuer à réduire l'engorgement des urgences hospitalières et des médecins généralistes. D'après les chiffres avancés par Nères, le délistage des molécules pourrait libérer l'équivalent de 750 médecins généralistes à temps plein.
Si le calendrier des discussions avec les autorités sanitaires françaises n’a pas encore été défini, l’association espère que sa proposition permettra de « générer des économies dès 2025. »



