Un léger réchauffement dans une ambiance de nouvelle guerre froide. L'agence spatiale russe Roscosmos a annoncé jeudi 28 décembre la prolongation jusqu'en 2025 du programme de vols croisés avec l’agence américaine de la NASA vers la Station spatiale internationale (ISS), a rapporté l'agence de presse Interfax. L’accord permet d’envoyer des Américains vers l’ISS à bord de vaisseaux russes, et réciproquement. Cette prolongation de la coopération entre les deux pays, solution pragmatique malgré les désaccords profonds entre les deux puissances, vise à «maintenir la fiabilité de l'exploitation de l'ISS dans son ensemble», a déclaré la société d'État russe dans un communiqué.
La première annonce de la Nasa de la reprise des vols conjoints, en juillet 2022, avait eu lieu à contre-courant, alors que les États-Unis multipliaient leurs efforts pour isoler Moscou suite à l'invasion de l'Ukraine. Cet accord entre Roscosmos et la NASA prévoyait alors l’envoi de trois cosmonautes russes à bord du vaisseau spatial habité américain Crew Dragon et de trois astronautes américains à bord du vaisseau spatial habité russe Soyouz MS en 2022-2024.
Les derniers vols ayant eu lieu dans le cadre de l’accord actuel ont amené, en septembre 2023, l'astronaute américaine de la NASA Loral O'Hara vers l’ISS à bord d’un vaisseau spatial russe Soyouz MS-24. Plus tôt, en août, le vaisseau spatial américain Dragon-7 amenait le cosmonaute de Roscosmos Konstantin Borisov à la station. Le cosmonaute Alexander Grebyonkin devrait également se rendre à l'ISS au cours du premier semestre 2024 en tant que membre de l'équipage de la mission Crew-8.
La Russie veut sortir du programme de l’ISS
Outre-Atlantique, la Nasa veut encore croire en l'avenir de la coopération avec sa consœur russe. Le responsable du programme de vols habités de l’agence américaine, Kenneth Bowersox, a déclaré en septembre que les États-Unis souhaitaient prolonger l'accord avec Roscosmos sur les vols croisés «jusqu'à la fin du projet ISS, quelle qu'elle soit», rapporte Interfax – le dernier calendrier de la Nasa vise un crash contrôlé de la station en janvier 2031. Mais à Moscou, le président russe Vladimir Poutine ne l’entend pas de cette oreille. Le dirigeant a assuré fin octobre que la décision de la Russie de prolonger jusqu'en 2028 sa participation à l'ISS était une mesure temporaire, rapporte Reuters.
Car la Russie cherche à s’extirper au plus vite de sa coopération spatiale avec les Etats-Unis. Le premier segment de la nouvelle station orbitale russe devrait être mis en service d'ici 2027, se félicitait le président Vladimir Poutine fin octobre selon l’agence Reuters. À ses côtés, le directeur de Roscosmos, Yuri Borisov, avait annoncé que le prochain lancement vers la lune pourrait se tenir en 2026, et non en 2027 comme indiqué dans l’agenda en cours.
Le chemin miné de l’indépendance spatiale russe
Las, le programme spatial russe a du plomb dans l’aile. En août, la sonde spatiale Luna-25, première mission lunaire lancée par Moscou depuis 47 ans, s'est écrasée sur la Lune – quand le module indien Chandrayaan-3 réussissait à se poser quelques jours plus tard dans la même zone. S’ajoutent à cet échec les cas de corruption dans l’industrie spatiale de la Fédération. Dernière en date, l’arrestation conjointe pour fraude le 22 décembre du directeur adjoint de Roscosmos, Oleg Frolov, et de Yevgeny Fomichev, le président de NPP Geophysics-Cosmos, une société chargée de fabriquer des dispositifs d’orientation et de navigation pour les modules spatiaux.



