Chronique

[Climato-éhique] L’acier vert dans l’angle mort du nouveau nucléaire français… et de la taxonomie verte

Quand la mise en cessation de paiement de La fonderie du Poitou est l’occasion de rappeler l’importance du nucléaire dans l’attractivité industrielle de la France et la neutralité carbone de l’Europe.

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Cuves électrolyse sur le site d'Aluminium Dunkerque
Il faut 1,2 tranche nucléaire 900 MW pour alimenter l’usine d’aluminium de Dunkerque du groupe GFG Alliance de Sandev Gupta.

Y aura-t-il encore une usine d’aluminium en France à Noël ? Un porte-parole d’Alvance Aluminium, une des entreprises du groupe GFG Alliance du magnat indien Sanjeev Gupta, laisse à penser que oui. L’usine de Dunkerque (Nord) n’est pas concernée, pour le moment, par la mise en cessation de paiement des trois fonderies aluminium du groupe en France, conséquence indirecte de la faillite du britannique Greensill Capital. C'est lui qui finançait Sandev Gupta dans la construction un groupe métallurgique mondial.

Depuis mai 2018, GFG Alliance avait ainsi racheté neuf sites industriels en France, dont France Rail Industry à Hayange (Moselle) et Ascoval dans le Nord, via sa filiale acier Liberty Steel. L’entreprise, qui vise la neutralité carbone dès 2030, envisageait de construire une unité de production d’acier vert par réduction directe (DRI) à base d’hydrogène à Dunkerque. La décision d’investissement devait être prise fin 2021. Mais qui financerait aujourd’hui un tel projet ? Non seulement Sandev Gupta n’en a pas les moyens. Mais le manque de visibilité sur l’avenir du nucléaire en France pourrait faire fuir d’éventuels partenaires.

D’énormes besoins d’électricité décarbonée

Car qui dit acier ou aluminium vert, dit d’énormes besoins d’électricité décarbonée. "Il faut 1,2 tranche nucléaire 900 MW pour alimenter l’usine d’aluminium de Dunkerque, qui a besoin d’être modernisée", rappelle l’expert Marcel Genet. Idem pour produire en masse de l’hydrogène décarboné pour produire de l’acier vert par DRI. Mais "il faut au moins vingt ans de visibilité et de garantie sur l’accès à une électricité stable et bon marché pour investir", rappelle l’expert. Or Emmanuel Macron a décidé de repousser au prochain mandat présidentiel, la décision de la construction de six nouveaux EPR, qui permettront de rester à 50 % de nucléaire dans le mix français après 2035.

Et même si la décision est prise, leur financement, lui, n’est pas acquis. Lourdement endetté, EDF n’a pas les moyens d’investir. Et, la décision d’inclure le nucléaire dans la taxonomie verte et donc de faire de l’atome un investissement vert attractif pour les financiers, a encore été repoussée à fin 2021 au mieux, malgré l’intense lobbying de la France, de la Hongrie, de la Pologne, de la République Tchèque, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Slovénie.

L’enjeu n’est pas juste de financer la sortie du charbon pour la production d’électricité, notamment pour ceux qui n’ont pas accès à de l’éolien offshore. Il s’agit aussi d’attirer les investissements industriels qui vont accompagner l’électrification de nos économies, face à des pays forts en hydroélectricité comme la Suède, la Norvège, voire l'Islande… Et notamment ceux de la production d’acier et d’aluminium vert…

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