La start-up Jimmy est bien partie pour tenir son objectif de mettre en service une première chaudière nucléaire industrielle en France en 2026. Après avoir levé 15 millions d’euros auprès de fonds d’investissement en 2022, Jimmy a décroché une subvention de 32 millions d’euros de France 2030 dans le cadre de l’appel à projets «petits réacteurs nucléaires innovants». De quoi lancer des commandes fermes à ses sous-traitants pour construire sa première chaudière graphite-gaz de 10 mégawatts (MW).
«Nous avons déjà le devis pour la cuve et nous sommes en train de négocier le contrat. Le bloc de graphite et le combustible sont déjà commandés», explique Antoine Guyot, cofondateur et directeur général de Jimmy. Pour aller si vite, Jimmy a dès le départ misé sur une approche industrielle. «Quand un ingénieur à besoin de quelque chose, il appelle un fournisseur pour savoir si c'est possible ou pas. Et si la pièce existe déjà, il en reprend le design, explique le dirigeant de Jimmy. Cela nous est arrivé de reprendre le dessin, du graphite notamment, pour que cela réponde au savoir-faire du fournisseur.» Selon lui, le secret de la rapidité tient au fait que dans l’entreprise de 60 personnes «tout le monde code» et travaille sur une même «bibliothèque python».
Dépôt du dossier à l'ASN en mars
La tête de série de Jimmy ne sera néanmoins pas made in France, ni même totalement en Europe. «Certains fournisseurs ne sont pas en Europe, reconnait Antoine Guyot. Mais pour le graphite, il y a des gens en Europe qui savent le faire. Il faut aller les dénicher.» Le combustible lui non plus n’est pas fourni par un français. L’assemblage et les tests de la chaudière seront en revanche bien réalisés en France, dans une usine Jimmy. La start-up a déjà trouvé le site, mais attend une signature ferme pour le dévoiler.
Le dirigeant de Jimmy est néanmoins confiant sur sa capacité, vu les volumes visés, à rapatrier en France certaines productions. Capable de produire de la chaleur à 450°C, le mini réacteur Jimmy vise le remplacement des chaudières à gaz des industriels de la chimie, de l’agroalimentaire et du papier. Rien qu’en France, cela représenterait un marché de 500 unités. «Aujourd’hui, pour des questions d’existence de supply chain, on va à l’étranger. Mais on pourrait réintégrer certains de ces fournisseurs en France. À terme, on peut faire du 100 % made in France», veut croire le directeur général. On n’en est pas encore là.
Jimmy, qui finit le design détaillé du réacteur et de l’installation, doit encore obtenir le feu vert de l’Autorité de sureté du nucléaire (ASN). Le dépôt du dossier d’autorisation de construction est prévu en mars. C’est à ce moment-là que la start-up dévoilera son premier client industriel et le site sur lequel il installera la première chaudière nucléaire civile. Il devra aussi régler le problème de l’acceptabilité. Car si Jimmy est confiant sur la sureté intrinsèque de son installation, encore faut-il le faire savoir. «Au pire du pire, on est en dessous de 5 millisieverts à la clôture. Au pire, vous prenez [l’équivalent d’une] radio si vous êtes sur le toit du réacteur. On ne met en danger personne», explique Antoine Guyot. Pour faire accepter l’idée, l’entrepreneur mise sur la transparence. Et regrette le manque de culture du nucléaire en France.



