Dans le grand bain. Après avoir présenté son plan eau en mars, destiné à accompagner des industriels à réduire leurs consommations, le gouvernement a égrainé fin août le nom de quelques industriels décidés à rejoindre le navire. Dans le Calvados, Isigny Sainte-Mère est de ceux-là : son site de production des produits laitiers envisage d’avaler 20% d’eau en moins d’ici 2025.
«La consommation d’eau du site est de 3 000 m²/jour, détaille Gérald Andriot, le directeur général de la coopérative. C’est un prélèvement important au niveau local. Nous avions entamé des démarches de réduction de nos consommations depuis quelques années, elles se sont catalysées pendant la canicule à l’été 2022 : nous avons joué le jeu des arrêtés préfectoraux et avons régulièrement revu les pouvoirs publics depuis.»
Quelques prérequis
Même son de cloche du côté de l’Agence de l’eau Seine-Normandie qui va accompagner l’industriel. «Le préfet a mobilisé les industriels au moment de la sécheresse : ils se sont tournés vers nous spontanément par la suite, indique Ludovic Genet, en charge des bocages normands pour l’agence. Nous travaillons depuis longtemps avec des acteurs comme Isigny Sainte-Mère. Le plan eau donne un coup de fouet aux projets des industriels de la région.»
Avis toutefois aux retardataires, il reste des crédits. «Nous ne fonctionnons pas par appel à projet : si un dossier est intéressant nous l’instruisons et demandons l’aide», poursuit Ludovic Genet. Quelques prérequis toutefois. «Il est important de passer par une phase d’audit, explique Benoit Bazin, chargé d’opération industriel à l’agence. Parfois, nous avons des demandes d’industriels qui s’appuient sur une expertise interne… Il est toujours intéressant d'avoir un regard extérieur et de s’appuyer sur un bureau d’étude qui a un retour d’expérience sur ce genre de projets. Pour Isigny, le diagnostic de la consommation d’eau et des pistes d’économie d’eau sera bientôt finalisé.» Ces audits sont subventionnés à 50%.
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Diagnostic en poche, encore faut-il que le projet soit à la hauteur. «Nous participeront aux travaux seulement s’ils prévoient au minimum 10% d’économie d’eau, complète-t-il. Nous ne sommes pas un bureau d’études : ce qui importe c’est les résultats, nous n’avons pas de prérequis quant aux équipements. Nous ferons au maximum des retours d’expérience. On sera bien sûr plus réticent si c’est un équipement qui concerne la production.» Miser sur l'équipement dernier cri n'est pas forcément la meilleure option... «Nous ne voulons pas simplement des technologies qui soient séduisantes mais que l’industriel nous montre les scénarios qui l’ont poussé à retenir cette technologie plutôt qu’une autre», ajoute Ludovic Genet.
Travaux de plomberie à venir
Illustration avec les pistes à l’étude (avancée) du côté d’Isigny Sainte-Mère. «Nous voulons rationnaliser les consommations d’eau de chacune des opérations, en optimisant les lavages notamment, énonce Gérald Andriot. La deuxième action est pour nous de réutiliser au maximum les eaux internes. Nous pouvons par exemple utiliser les eaux de la concentration du lait pour faire de la vapeur. Le dernier point c’est le Réuse, avec la volonté d’utiliser les eaux de notre station d’épuration pour certains nettoyages comme ceux des extérieurs de cuves.»
Ce qui suppose quelques investissements en plomberie – qui pourront être subventionnés jusqu’à 40%. L’Agence de l’eau locale promet d’être réactive. Si le projet venait être déposé dans les prochains jours, le versement des deniers publics devrait parvenir à l’industriel début janvier. Dans ces conditions, il n’y a plus qu’à se jeter à l’eau.



