Pénuries, pollutions, inondations... La Commission européenne veut changer "l'état d'esprit" de la gestion de l'eau

Face à la montée des phénomènes de pénuries, des pollutions et des conflits d’usage, la Commission européenne entend instiller «un changement d’état d’esprit» pour faire de la politique hydrique un pilier de la sécurité économique. Une série d’investissements dans l'innovation ont été annoncés.

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La Commission veut que l’Europe demeure leader dans les technologies de l’eau, alors que 40% des brevets mondiaux du secteur sont européens.

Dans le contexte du dérèglement climatique, l’eau ne peut plus être traitée comme une ressource secondaire, mais elle doit devenir un pilier de la sécurité économique, énergétique, alimentaire et industrielle. Tel est le message qu’a voulu faire passer la Commission européenne avec sa nouvelle stratégie en faveur de la «résilience hydrique» dévoilée le 4 juin. Ce document fixe un cap à l’Union européenne (UE) : améliorer l’efficacité de l’usage de l’eau d’au moins 10% d'ici à 2030. Un objectif ambitieux, mais non contraignant, l’exécutif de l’Union disposant de compétences limitées dans ce champ, où les États membres et les collectivités sont en première ligne.

Bruxelles n’entend pas moins instiller un «changement d’état d’esprit » parmi les 27, en promouvant le principe du «water efficiency first» : mieux stocker, moins gaspiller, traiter chaque goutte. Plusieurs initiatives concrètes ont d’ailleurs été annoncées, à commencer par une enveloppe de 15 milliards d’euros mobilisée via la Banque européenne d’investissement (BEI) pour des projets d’infrastructures ou de réutilisation d’eaux usées.

Au cœur de la stratégie européenne figure ainsi l’innovation. La Commission veut que l’Europe demeure leader dans les technologies de l’eau, alors que 40% des brevets mondiaux du secteur sont européens. Deux axes prioritaires sont identifiés : le traitement des substances chimiques persistantes (notamment les PFAS), et la transformation des systèmes de refroidissement industriels, particulièrement dans les data centers. Mercredi, l’institution a promis de futurs partenariats public-privé, avec des co-investissements ciblés pour « faire émerger des solutions de rupture », tout en reconnaissant que ces initiatives étaient loin d’être finalisées.

Partenariats public-privé

Parmi les technologies visées : la dépollution avancée, le dessalement bas-carbone, le refroidissement à sec, ou encore la digitalisation de la gestion de l’eau via l’intelligence artificielle et les données satellitaires (via le programme européen Copernicus). Un futur plan d’action sur la digitalisation du secteur est enfin dans les tuyaux. L’enjeu est de transformer ces innovations en « standards industriels exportables », tout en facilitant leur déploiement dans les territoires européens.

Reste que la réussite de la stratégie dépendra largement de l’engagement des États membres, qui connaissent des situations très différentes. Tandis que certains pays du sud subissent des sécheresses chroniques, d’autres, comme l’Allemagne ou la Pologne, découvrent de nouvelles vulnérabilités liées à la fréquence accrue des inondations et des épisodes extrêmes. En février 2025, la Commission a établi une photographie des capacités nationales, qui servira de base à des revues bilatérales menées avec chaque État.

Alexandre Gilles-Chomel

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