Les producteurs des légumes et salades en sachet constituent l’un de ces métiers de l’agroalimentaire où la transformation du produit est minimale. Pour la salade par exemple, parquée dans des cagettes suite à la découpe au champ, le passage à l’usine se confine à quelques étapes : retirer le cœur, ôter les feuilles abîmées ou trop vertes, découper, laver, rincer, empaqueter. Alors, si dans l’usine maintenue à 4 degrés l’énergie est un poste important – la masse salariale demeurant le premier coût – les litres d’eau déversés ne sont pas à négliger au moment de faire les comptes.
Les légumes en sachets : une filière en chiffres
- 2500 emplois industriels (et 1000 dans le maraichage)
- 12 sites de production (dont 6 pour Florette)
- 421 millions d'euros de chiffre d'affaires (dont 357 millions d'euros pour les salades)
- 47% des ventes sont le fait de la laitue
Source : SVFPE, données 2023
"L'eau devient un vrai intrant"
La filière dite de la quatrième gamme – salades et légumes sachets pour le grand public – réunie derrière l’acronyme barbare SVFPE, souligne qu’il lui faut en moyenne entre 15 et 20 litres d’eau pour préparer un kilo de salade. Cela dépend beaucoup de la variété… et de l’âge de l’outil industriel. Un petit site comme celui de Florette – propriété de la coopérative Agrial – à Saint-Pol-de-Léon (Finistère) indique consommer 70000 m3 par an. Dans son giron, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne rapporte qu’un site dans le même secteur d'activité de taille plus importante consomme 250000 m3 par an. «Avec la réforme des redevances, l’eau devient un vrai intrant», pose aussi Céline Demesy, directrice des redevances à l’agence. Cette dernière est effective depuis le 1er janvier : en matière de fiscalité de l'eau c'est une vraie révolution.
Prenons le cas d’un industriel qui consommerait 100000 mètres cubes d'eau. Si ce dernier dispose d’un forage, la redevance pour prélèvement a progressé de 21% depuis décembre 2024. En Bretagne, où est située l’usine de Florette, le mètre cube passe de 2,57 à 3,11 centimes d’euros. Et si l’industriel est localisé dans une zone où la ressource est sous pression la facture grimpe de 4 à 4,84 centimes. Ce tarif est variable selon les régions, les agences de l'eau disposant d'une fourchette. Par exemple, en Normandie, les redevances sur les prélèvements des industriels de l'agro ont progressé de 15%, de 3,3 centimes d'euros à 3,8. Mais là n’est pas le gros de la hausse.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Hausse significative de la facture
Pour les industriels branchés sur le réseau, la hausse pique encore davantage, la réforme ayant entériné la fin d’une exonération. Ce qui est le cas du site de Saint-Pol-de-Léon. Aussi, les redevances relatives à la consommation d’eau potable, «étaient centrées sur la pollution avant la réforme, détaille Céline Demesy. Si l’industriel ne dépassait par les seuils de pollution, il ne payait la redevance que pour les 6000 premiers mètres cubes prélevés.»
Ce système disparait : tout le monde est désormais soumis à la redevance sur la consommation, sans plafonnement. Autrement dit, dans le cadre d’un industriel breton prélevant 100000 mètres cubes et qui, par le passé, respectait les seuils de pollution, la facture passe de 1800 euros annuels (avec un barème à l’époque de 30 centimes le mètre cubes dans la limite de 6000 mètres cubes) à 33000 euros (le nouveau tarif étant de 33 centimes pour 2025). En Normandie, ce même industriel paiera 46000 euros en 2025, puis 34000 euros les années suivantes, en raison d'un effet de seuil lié à la réforme.
La facture grimpe aussi pour ceux qui dépassent les seuils de pollution. Jusque-là l’industriel devait verser uniquement la redevance pour la pollution non-domestique. «Prenons le cas d’un producteur de légumes de sachets qui prélève 250000 mètres cubes par an, indique Céline Demesy. Il se trouve qu’il payait quelques dizaines de milliers d’euros au titre de la redevance pour pollution non domestique car il dépassait légèrement les seuils.» En 2025, en Bretagne, il paiera 82500 euros au seul titre de la redevance pour la consommation d’eau potable avec la réforme – auquel il faudra ajouter la redevance pour pollution non domestique, toujours en vigueur. «Autour de 100000 euros au total», confie la responsable des redevances. Soit l’équivalent d’environ quatre salariés au Smic, charges comprises.
Les industriels réduisent leur consommation
La réforme a renchéri le coût de l'eau : l'agence de l'eau Seine-Normandie indique qu'en moyenne les factures des industriels de l'agroalimentaire branchés au réseau vont progresser de 53% cette année. Ces derniers travaillent aussi à réduire leur consommation, un des objectifs de la réforme. «Nous planchons sur un système de filtration en continu pour réutiliser l’eau en circuit fermé dans l’usine. Notre rinçage consiste à enlever de la terre et des cailloux, c’est une eau peu sale», confie Pierre Méliet, directeur général de Florette.
Même son de cloche du côté d’Augustin Ringô, directeur général de Rosée des champs : «Nous échangeons aujourd’hui avec la préfecture pour, d’une part, un plan d’économie structurelle avec un travail par exemple sur les buses d’aspersion, d’autre part, une gestion en cas de sécheresse, pour réduire la production et les gammes en cas de pic, explique-t-il. Nous utiliserons moins d’eau si nous limitons les mélanges de salades et travaillons uniquement sur des plus petits grammages pour optimiser le nombre d’unités produites.» Un plan qui devrait être bien accueilli par les équipes en charge de la comptabilité.



