Il y a comme un petit air de campagne présidentielle. Au Salon de l’agriculture, Dominique Chargé, président de la Coopération agricole a dévoilé, le 26 février, 50 mesures qui doivent soulager les exploitants et les coopératives agricoles. Des propositions qui font écho à la fronde qui secoue le pays depuis mi-janvier et résumées en un slogan : «moins de complexité, plus de compétitivité», par le syndicat qui représente 2100 coopératives au niveau français.
Au constat sur le «carcan administratif» et les «problèmes de compétitivité» qui pèsent sur les filières, s'impose pour la Coopération agricole celui plus général «d’un déclassement de la production française» qui se traduit «par des importations qui augmentent». Une situation que nous avions nuancée dans le passé, soulignant plutôt la dépendance générale des filières françaises aux marchés mondiaux (aussi bien dans le sens des importations que des exportations).
Dominique Chargé fustige une montée en gamme exacerbée depuis 2017. Les mesures de la Coopération agricole visent à retrouver l’«adéquation entre la production agricole et les marchés auxquels nous destinons nos productions.» Exit donc l’idée d’un prix plancher défendue par le président Emmanuel Macron lors de sa visite au salon le 24 février.
Le coût du travail et la grande distribution ciblés
«Je ne suis pas sûr que la pensée du président soit celle d’une économie administrée : avec un prix-plancher nous ne serions plus alignés sur ce qui se fait autour de nous, indique Dominique Chargé. Le risque est de ne plus exporter sur des filières où une partie importante de la production l'est et de voir de la production étrangère importée pour couvrir tous les champs où les consommateurs veulent de l’accessibilité prix.» Fort de cet avertissement, le dirigeant de la Coopération agricole pointe en filigrane la nécessité d’une meilleure application des lois Egalim.
Parmi les 50 propositions, se dessine celle d’une réduction du coût du travail, sujet déjà remonté par plusieurs rapports sur la compétitivité de l’agroalimentaire hexagonal. «La France a un coût horaire du travail de 39 euros contre 22 euros en Espagne. Il va falloir se pencher sur le sujet», estime Dominique Chargé. Le syndicaliste appelle à «imaginer des solutions qui déplaceraient le coût supporté par le travail vers d’autres types de ressources.»
Deux des mesures présentées ciblent aussi les distributeurs, qui ne sont décidément par épargnés pendant cette crise agricole. La Coopération agricole souhaite que soit interdite la publicité comparative sur les prix. «C’est l’outil privilégié des distributeurs pour conduire la guerre des prix qui est destructrice de valeur et stigmatise l’alimentation», martèle cette dernière. Les marques distributeurs, les fameuses MDD, s’attirent aussi le courroux de Dominique Chargé, qui réclame qu’un observatoire soit mis en place : «Nous avons été menacés cette année d’être déréférencés sur nos produits et remplacés par des MDD avec des produits non français. Un certain nombre de distributeurs entrent dans cette démarche.»
L'Etat appelé à mettre davantage la main à la poche
Les pouvoir publics se voient adresser deux demandes de subsides. Il y a déjà la mise en place effective du fonds public-privé de 500 millions d’euros pour l’agroalimentaire annoncé par Roland Lescure, alors ministre de l’industrie, lors du Salon de l’agriculture 2023. Un fonds spécifique au soutien de la transition alimentaire est aussi demandé afin de «sortir du schéma de production dans lequel nous sommes aujourd’hui, massivement couvert par du chimique et de la mécanique», dixit Dominique Chargé. Ce fonds doit permettre d’accompagner le déploiement des solutions mais couvrir aussi le risque que prendront les agriculteurs lorsqu’ils mettront en place les alternatives.» Les politiques sont plus que jamais attendus au rebond sur ce salon qui s'achève le 3 mars prochain.



