Enquête

Face au risque incendie, six réflexes importants pour les industriels

Près des deux-tiers des incendies industriels sont d’ordre humain. L’incendie survenu début mars chez OVH à Strasbourg est venu rappeler l’importance, pour les employeurs, de veiller à la sécurité de leurs installations... et de leur personnel. Rappel des règles de base pour lutter contre le risque incendie dans les installations industrielles.

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Incendie
Des collaborateurs peuvent être formés à la prévention et à l'intervention en cas d'incendie.

S’il est encore trop tôt pour connaître les circonstances de l’incendie du datacenter strasbourgeois d’OVH, nombreux sont les industriels à s’interroger sur les règles et les risques inhérents à leurs implantations. “Moins de 20% des incendies industriels sont issus de causes techniques (maintenance des installations, défauts techniques, …). Plus des deux-tiers sont d’ordre humain. Pour une sécurité efficace, il convient d’adapter les mesures de prévention sur le site en fonction des usages des bâtiments”, rappelle Mehdi Hedidar, directeur technique chez BTP Consultants, un bureau de contrôle technique dédié à la construction.

1. Identifier les risques

“Un des produits les plus dangereux est le papier (stockage, archives…), de par son caractère inflammable et son pouvoir de propagation rapide de l’incendie, d’où la nécessité de prévoir de nombreux cloisonnements, notamment en murs béton. Les locaux électriques sont également à risques. Ils peuvent être équipés de portes coupe-feu tôlées pleines. Les zones de stockage de batteries sont aussi à fort danger. Les zones de locaux informatiques, malgré le fait qu’elles soient climatisées, représentent des espaces de risque d’échauffement des matériels”, commente Fabrice Triaes, directeur technique chez Wicona. 

2. Anticiper le risque incendie dès la construction...

Nombre d’industriels exercent tout ou partie de leur activité dans des locaux en construction métallique. Un procédé constructif qui a suscité des interrogations après le sinistre survenu chez OVH. Le Centre technique de la construction métallique balaie ces craintes. “Le risque feu est identique aux autres matériaux. Un matériau, échauffé, va perdre un certain nombre de ses propriétés de résistance, et éventuellement ne sera plus capable de reprendre les charges. Au niveau de l’acier, on a besoin de moins de volume en poids que pour d’autres matériaux comme le béton ou le bois. Avec une structure en acier, le bâtiment va se déformer pendant l’incendie, puis une fois l’incendie terminé, il peut retrouver sa solidité à froid, même sur une zone qui a été échauffée, s’il n’y a pas de déformation importante”, explique Christophe Thauvoye, chef du service recherche incendie.

“Tant que vous avez un bâtiment de simple rez-de-chaussée, de type hangar, demander à ce que le bâtiment tienne durant une heure n’a pas forcément d’intérêt au regard de la protection du personnel présent. Il suffit de faire en sorte que les utilisateurs quittent le bâtiment à temps, et que l’effondrement s’effectue par l’intérieur, pour protéger les pompiers", ajoute-t-il.

Pour rendre les bâtiments en structure métallique plus résistants au feu, il existe des produits isolants en flocage, à même de ralentir l’échauffement. Il existe aussi la possibilité de mixer les matériaux. L’incorporation d’un enrobage béton va contribuer à ralentir l’échauffement de la structure en acier. La solution est privilégiée pour assurer la stabilité au feu des bâtiments multi-étagés. Au quotidien, les systèmes de détection (par aspiration et contrôle des fumées, des points de chaleur…) et d’extinction (brouillards d’eau, sprinklers…), sont recommandés.

3. ... et lors des extensions et réallocations de locaux

La question de la configuration des locaux demeure centrale, même en cas de modification de la configuration. “Lors des évolutions de locaux, on rajoute des pièces, on enlève des murs… Ce qui a une incidence sur le risque incendie. Les architectes ne sont pas sensibilisés au risque incendie dans les entreprises”, regrette Benoît Sallé, expert d’assistance conseil à l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

4. Contingenter les zones à risque

“Il faut s’assurer que les personnes puissent évacuer dans de bonnes conditions, mais aussi tout faire pour prévenir le phénomène et agir sur les combustibles, les facteurs de combustion et les comburants. On a peu de blessés suite à des incendies, mais on voit des incendies de plus en plus conséquents, d’où des lacunes dans l’objectif de limiter la propagation. L’évaluation du risque incendie va donner tous les éléments à mettre en place. Si vous avez un local sans aucun mur de séparation, le feu va se propager rapidement”, détaille Benoît Sallé. Des mesures de prévention peuvent être envisagées, notamment en termes de cloisonnements.

Ce mois-ci, Wicona a refondu sa gamme de produits destinés au segment sécurité incendie. Le premier niveau des solutions de protection incendie proposées par la filiale du groupe Hydro débute avec un pare-flammes 30 minutes, permettant d’assurer une étanchéité aux flammes et aux gaz chauds pendant une durée de 30 minutes minimum. Certains produits en EW30 disposent d’une protection supplémentaire anti-rayonnement consistant à empêcher que les éléments combustibles situés à proximité ne prennent feu.

Le niveau suivant de protection porte sur un critère d’isolation thermique d’une durée de 30 ou 60 minutes minimum, selon la typologie du bâtiment. Des cloisons et fenêtres (pour les applications intérieures), des éléments et des portes intègrent ce paramètre. Autant de produits déclinables sous la forme d’issues de secours, compatibles avec les normes d’accessibilité aux personnes à mobilité réduite grâce à des portes motorisées. Des clips en inox permettent par ailleurs de maintenir les vitrages en place au sein des profilés en aluminium, afin de compenser une potentielle diminution de résistance mécanique avec la montée en température lors de l’incendie. Des bandes intumescentes comblent aussi les jeux de fonctionnement entre le vitrage et les profilés aluminium. Il s’agit d’un calfeutrement coupe-feu.

5. Adapter ses systèmes de mitigation

Lors d’incendies, la première cause de décès est liée aux fumées, par manque d’oxygène (d’où la possibilité, dans les pièces parfaitement fermées comme les entrepôts frigorifiques, de recourir à une protection par inertage afin de diminuer le pourcentage d’oxygène dans une pièce), devant la toxicité des produits de combustion. Les locaux de stockage peuvent notamment faire l’objet d’une ventilation mécanique. Le refroidissement des surfaces chaudes peut être envisagé. Les normes des matériels électriques, enfin, doivent être vérifiées. 

6. Les hommes avant les machines

“La réglementation est orientée sur la sécurité des personnes. Ensuite, ce qui brûle l’est. Les pompiers circonscrivent un incendie mais ne l’éteignent pas, d’où l’intérêt d’avoir des systèmes de protection incendie pour détecter le plus tôt possible”, prévient Benoît Sallé. Pour éviter la propagation, des salariés doivent être formés à l’utilisation des moyens d’extinction présents (extincteurs, robinets d’incendie armés…)

“La base de chaque réglementation est de limiter les causes de déclenchements et la propagation des incendies, favoriser l’évacuation des personnes et faciliter l’intervention des secours, et de limiter l’importance des conséquences humaines”, abonde l'expert. Le document unique d’évaluation des risques professionnels définit ces derniers en fonction de l’inventaire des usages des bâtiments, tandis qu’une étude de danger justifie les solutions prises. Il s’agit d’une obligation prévue par l’article R4121-1 du Code du travail, et dont l’application incombe à l’employeur. Le document doit être actualisé lors d’une décision importante d'aménagement susceptible de modifier les conditions de santé, d’hygiène et de sécurité ou les conditions de travail dans l’entreprise.

Lors de la conception des locaux, il convient de prévoir des dégagements en largeur (à la discrétion de l’employeur, selon l’activité, le nombre d’occupants…) en nombre suffisant pour procéder à l’évacuation par rapport au nombre d’occupants. Un balisage doit être prévu, tout comme une formation des salariés aux consignes de sécurité incendie. Il s’agit d’une obligation, au même titre que la réalisation d’exercices d’évacuation). Les personnes doivent rejoindre un point d’évacuation, où un dénombrement doit être effectué. “Il s’agit d’une obligation de résultat de l’employeur”, précise Benoît Sallé.

Chez Swiss Krono, des salariés formés et dûment équipés

A Sully-sur-Loire (Loiret), Swiss Krono fabrique, dans les locaux d’une ancienne forge automobile, 900 000 mètres cubes de produits en bois par an. Un parc à bois est disposé à proximité des locaux. Le risque incendie fait l’objet de dispositions particulières. Ainsi, un plan d’intervention recense les scenarii possibles d’accident et les moyens de prévention associés, ainsi que la description des moyens d’intervention en cas de sinistre. Une équipe de 52 équipiers de seconde intervention, “formés et équipés comme les pompiers professionnels”, peut intervenir en moins de cinq minutes à l’aide de trois véhicules de secours à demeure. Des bornes d’appel d’urgence sont réparties sur l’ensemble du site. Tous les collaborateurs sont formés à la manipulation d’extincteurs. Les installations susceptibles de déclencher un point chaud sont équipées de systèmes de détection étincelles. Les bâtiments sont équipés de sprinklers, des systèmes complémentaires d’extinction étant mis en place sur les installations sensibles.

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