Les pays producteurs de pétrole réunis dans l'Opep+ préfèrent jouer la prudence. Le cartel des pays exportateurs et ses alliés de l’Opep+, emmenés par la Russie, se sont mis d’accord pour repousser la hausse de production, après deux jours de discussions en ligne. En décembre, les partenaires de l'alliance avaient prévu de relever de façon très progressive leur production de pétrole sur les premiers mois de 2021, à condition que la demande le permette, jusqu'à retrancher 2 millions de barils/jour aux restrictions volontaires que 'étaient imposés les pays membres pour soutenir les cours et faire baisser les stocks, rendus pléthoriques par la baisse de la demande liée au Covid-19. Un premier palier de 500 000 barils par jour supplémentaires a été mis sur le marché en janvier. Le marché s'attendait à une hausse équivalente en février.
L'Arabie saoudite assume (seule) sa position
Mais si la Russie et le Kazakhstan tenaient cette position en faveur d'une hausse, l'Arabie saoudite et plusieurs autres pays membres de l'Opep, dont l'Algérie, plaidaient la prudence. "Le niveau d’incertitude reste très élevé dans le monde. Ne risquons pas de mettre en péril ce que nous avons réussi pour un bénéfice court mais illusoire", avait mis en garde le ministre de l’Energie saoudien Abdelaziz ben Salmane, lors de l’ouverture de la réunion le 4 janvier.
Au final, le consensus trouvé tient à l'important effort individuel de l'Arabie saoudite, dont le budget dépend bien plus du pétrole que celui de la Russie par exemple. Le royaume saoudien a annoncé au dernier moment une baisse unilatérale de sa production, pour réduire à 8,25 millions de barils/jours son niveau d'extraction pendant les deux prochains mois. En contrepartie, la Russie et le Kazakhstan pourront profiter d’une petite hausse, de 75 000 barils/jour, de leur production au mois de février. De quoi maintenir le volume de production et l'unité du cartel.

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" Les Saoudiens voient la demande vraiment menacée à court terme et veulent protéger les prix autant qu'ils le peuvent. Les raffineurs vont aussi commencer leur maintenance annuelle au cours des deux prochains mois et réduiront de plusieurs centaines de milliers de barils la capacité de traitement", pointe Bjornar Tonhaugen, l’analyste de Rystad energy dans une note publiée le 5 décembre.
Demande de pétrole fragile
Pour les pays dont l'économie dépend lourdement des exportations d'hydrocarbures, le pilotage du marché du pétrole est plus délicat que jamais dans les prochains mois. Malgré le démarrage des campagnes de vaccination contre le Covid-19, la demande mondiale de pétrole pourrait bien rester poussive de longs mois, faute de reprise économique soutenue. En décembre, l’Agence internationale de l’énergie estimait que la demande ne devrait pas retrouver en 2021 son niveau de 2019. Après être tombée à 91,2 millions de barils/jour en 2020, elle devrait remonter à 97 millions de barils/jour cette année. Encore loin des presque 100 millions atteints en 2019.
La reprise économique chinoise a certes fait redémarrer la demande de brut. Mais les perspectives de "stop and go" en Europe, avec le retour du confinement strict au Royaume-Uni risquent de ralentir la reprise de l’activité en Europe. Autre point noir : la panne sèche du transport aérien risque de se prolonger - l’organisation de l’aviation civile (IATA) table cette année sur un nombre de passagers transportés par avion inférieur de 40 % à 2019 - et de peser sur la demande en carburants.
Un cours proche de 50 dollars
Dans ce contexte, difficile pour les pays producteurs d’ouvrir trop les vannes, sauf à accepter une coûteuse chute des prix. Depuis l’automne, les cours ont regagné des couleurs. "Le WTI américain a retrouvé son niveau de mars 2020, proche de 50 dollars. Mais il reste encore bien dessous des 65 dollars de janvier dernier. Dans le meilleur des scénarios, le pétrole pourrait atteindre 60 dollars cette année", anticipe Alexandre Baradez, le responsable de l’analyse marché de IG France. Moody’s table sur un modeste cours moyen de 40 à 45 dollars cette année. A plus long terme, le gros effort mis dans les plans de relance pour accélérer la transition énergétique et le développement de l’hydrogène et des véhicules électriques ne font pas non plus les affaires du pétrole.
L’autre risque vient du volet de l’offre. Les membres de l’Opep+ surveillent d’un œil attentif la production américaine. En 2020, celle-ci a reculé. Mais le nombre de forages de pétrole de schiste progresse à nouveau ces derniers mois aux Etats-Unis. Le retour de la Libye sur les marchés export, et potentiellement de l’Iran bientôt, pourrait aussi venir gonfler l’offre disponible dans les prochains mois. De quoi menacer le fragile équilibre maintenu par l'Opep+.



