Evolis, l’organisation française des fabricants de machines et biens d’équipements, tire la sonnette d’alarme. Une arrivée massive de robots industriels chinois à bas coût se profile en France et en Europe. «Certains de nos industriels sont très préoccupés par l’invasion de produits qui viennent de Chine», alerte Fabien Vincentz, président d’Evolis et de Marposs France. Deux roboticiens, la société suisse Staubli et la société française Sepro Group, produisent des robots en France et font face à la concurrence de produits fabriqués en Chine qui sont vendus «70% moins chers» pour une qualité similaire. Fabien Vincentz ajoute que les roboticiens européens sont «sous une attaque» de produits chinois.
Un précédent avec les gigafactories de batteries
Une problématique similaire se pose pour les AGV – des véhicules à guidage automatique – et les machines-outils. «Ces produits sont fabriqués dans des économies très fortement subventionnées par l’État chinois, ajoute Fabien Vincentz. On se retrouve dans un désavantage compétitif majeur et l’Europe ne fait rien.»
Un exemple marquant est le lancement en grande pompe des gigafactories en France : les premières usines de batteries françaises se sont tournées vers des machines asiatiques, au détriment des européennes. Ces gigafactories plaident alors la rapidité et la sécurité d’acteurs plus matures. Des arguments qui n’ont pas su convaincre les industriels européens déçus de ne pas avoir pu profiter des investissements massifs réalisés pour équiper ces usines flambant neuves. Aujourd’hui, le président d’Evolis demande la mise en place d’une «préférence sur les produits fabriqués en Europe de façon vertueuse.»
Les industriels font les frais de l’instabilité politique
Au-delà des craintes sur la concurrence venue de Chine, l’organisation réclame plus de clarté. L’instabilité politique «impacte sérieusement la situation qui se dégrade plus rapidement depuis cet été», explique Rudolph Ganzel, directeur du pôle économique d’Evolis. Et cela se traduit directement dans les chiffres. L’organisation prévoit une baisse d’environ 1% du chiffre d’affaires de ses adhérents sur l’année 2024 (les données précises ne sont pas encore consolidées).
Pour aider ses adhérents, Fabien Vincentz plaide pour le retour d’une politique de suramortissement qui a notamment permis aux industriels de bénéficier d’une défiscalisation sur le coût d'achat de matériel industriel. «Une solution qui a grandement supporté les investissements productifs par le passé», selon lui. En outre, le besoin en talents et plus particulièrement en ingénieurs est toujours présent. Et «les industriels français plaident pour une énergie abondante, décarbonée et pas chère», rappelle-t-il.
Des industriels prêts à s'installer aux Etats-Unis
Le dernier point de vigilance est la situation géopolitique. Surtout que les adhérents à Evolis ont beaucoup exporté en 2024, notamment aux États-Unis. Ce pays décroche la deuxième place des pays vers lesquels exportent ces industriels français derrière l’Allemagne et devant l’Italie. «La réponse à l’éventuel protectionnisme américain est de s’installer dans le pays, explique simplement Fabien Vincentz. Certains industriels ont déjà intégré ce facteur et ont des structures là-bas. Mais beaucoup sont présents uniquement en France et attendent de voir comment évolue la situation.» Les éventuelles restrictions américaines semblent moins inquiéter que les équipements industriels à bas coût venus de Chine.



