Entretien

«La Chine n’est plus l’atelier du monde, mais bel et bien un concurrent à égalité», témoigne le responsable de la Hannover Messe

Jochen Köckler, le président de Deutsche Messe qui organise la foire de l'industrie de Hanovre témoigne de l'incertitude qui frappe l'industrie européenne des machines et de la montée en puissance de la Chine dans ce secteur. Il appelle à nouer des partenariats stratégiques avec des pays comme le Canada ou le Brésil et à investir massivement dans les technologies d'avenir.

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AFP NE PAS REUTILISER Jochen Köckler Hannover Messe 2025
Jochen Köckler, le president du directoire de Deutsche Messe, organisateur de la Foire de Hanovre.

La grande foire mondiale de l'industrie s'est tenue du 31 mars au 4 avril à Hanovre dans un contexte compliqué pour l'industrie européenne confrontée à une nouvelle politique commerciale américaine et à une offensive chinoise. Le président de Deutsche messe, la société d'exploitation de la Hannover Messe, revient sur ses principaux enseignements et veut croire en sa résilience. 

L'Usine Nouvelle - La Hannover Messe 2025 vient de se terminer, quel est l’état d’esprit des industriels européens présents sur place ?

Dr Jochen Köckler - Dans un contexte mondial marqué par l’incertitude, la Hannover Messe a pleinement joué son rôle de vitrine technologique, de salon d’affaires et de plateforme de dialogue économique et de coopération internationale. C’est le lieu où le monde traditionnel des machines se connecte à l’intelligence numérique. Ici, on voit concrètement comment la numérisation et l’IA rendent le progrès industriel possible. Face aux droits de douane imposés par les États-Unis, il est apparu clairement à quel point il est crucial que l’industrie européenne resserre ses liens.

Quel place ont tenu les mesures tarifaires annoncées par Donald Trump dans les discussions de cette année ?

Les droits de douane américains ont été annoncés le mercredi du salon. De nombreux décideurs étaient présents pour débattre de la réponse européenne. Aujourd’hui, plusieurs de ces droits de douane ont été temporairement suspendus, et personne ne sait vraiment quelle sera la suite. Cette incertitude pèse lourdement sur l’économie mondiale : les investissements sont gelés et les projets repoussés

Avez-vous ressenti une véritable panique chez certains industriels face à ce retour soudain du protectionnisme ?

Non, l’ambiance n’était pas à la panique, mais plutôt à la détermination. L’Europe apparaît aujourd’hui comme un pilier de stabilité et de confiance. Son marché unique garantit la libre circulation des biens, des capitaux et des talents, une prévisibilité économique qui est d’autant plus essentielle en période de turbulence.

Certains fournisseurs commencent déjà à déplacer leur production… Peut-on parler de fuite vers les États-Unis ?

Beaucoup de fournisseurs produisent déjà partiellement aux États-Unis pour servir ce marché sans droits de douane. Mais parler de "fuite" serait exagéré. Il s’agit plutôt de réajustements stratégiques : beaucoup d’entreprises adoptent une approche duale, en maintenant leur production en Europe tout en développant des capacités en Amérique ou en Asie.

Cette édition confirme-t-elle que certains fournisseurs chinois ne sont plus de simples sous-traitants mais de véritables concurrents mondiaux ?

La Chine n’est plus l’atelier du monde, mais bel et bien un concurrent à égalité. Cela s’est clairement vu à la Hannover Messe. Environ 900 entreprises chinoises étaient présentes [sur 4500 exposants ndlr], ce chiffre à lui seul montre l’importance de la Chine dans l’industrie mondiale.

Vous avez observé une montée en puissance des exposants chinois. L’industrie européenne perd elle de l’influence, même sur ses propres salons ?

La concurrence stimule l’innovation : la compétition pousse les entreprises à rester dynamiques. Techniquement, nous avons tous les atouts en main pour produire de manière compétitive, durable et innovante en Allemagne et en Europe.

Peut-on dire que l’industrie européenne paie aujourd’hui le prix de sa dépendance excessive — à la Chine pour la production, aux États-Unis pour les marchés ? 

On peut dire qu’elle a trop longtemps misé sur l’efficacité via la mondialisation, au lieu de diversifier stratégiquement. Cela devient douloureusement visible à l’heure des guerres commerciales et de la compétition technologique. Il faut maintenant bâtir de nouveaux partenariats stratégiques, par exemple avec le Canada (pays partenaire de l’édition 2025) ou le Brésil (partenaire de l’édition 2026). L’Europe doit également investir massivement dans les technologies d’avenir : IA, semi-conducteurs, batteries, hydrogène...

Quels secteurs industriels sont les plus directement touchés par cette guerre commerciale ? L’automobile évidemment… mais qui d’autre ?

Outre l’automobile, la construction de machines et d’équipements est fortement impactée — un pilier industriel européen par excellence, très dépendant de marchés comme la Chine, les États-Unis, la Turquie ou l’Inde.

L’Europe est-elle aujourd’hui en capacité de faire face à ces bouleversements ? Peut-elle encore défendre ses intérêts économiques ?

La Hannover Messe 2025 a été une véritable démonstration de force en faveur de la capacité d’adaptation et de résilience de l’industrie européenne. Grâce à une coopération étroite avec ses partenaires internationaux, l’Europe inspire encore confiance. La majorité des entreprises gardent une vision optimiste de l’avenir du continent.

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