«Les industriels détestent l’incertitude !», s’exclame le vice-président d’Evolis Fabien Vincentz. Pourtant ils doivent composer depuis plusieurs semaines avec les déclarations changeantes du président américain. Un jour, Donald Trump veut imposer des droits de douanes tous azimuts, le lendemain, il revient sur ses propos. Global Industrie, organisé du 11 au 14 mars à Lyon, était l’occasion de voir comment les industriels se préparent.
Certains, déjà présents aux États-Unis, peuvent renforcer leur production dans ce pays. «Ils peuvent envoyer des éléments pour réaliser l’assemblage de leurs machines là-bas et faire du ‘made in USA’, explique Fabien Vincentz. Mais ils ne pourront pas transférer l’ensemble de leurs gammes de produits.» D’autres stratégies peuvent aussi être mises en place. Trois industriels témoignent.
Appartenir à un grand groupe
Technomark, spécialisée dans les machines de marquage laser et micro-percussion, réalise le design, la conception et l’assemblage de ses machines en France. Avec ses 50 salariés, l’entreprise réalise 85% de son chiffre d’affaires à l’export dans 45 pays avec l’aide de deux filiales : une en Asie et une aux États-Unis où elle réalise aussi la réparation des machines. Le directeur commercial Marc Piaulet précise que l’entreprise appartient à la société In2+ basée à Pommiers (Rhône) depuis fin 2023. «Être rattaché à un grand groupe nous offre plus de flexibilité sur les stratégies que nous pouvons établir, assure-t-il. Surtout que le groupe In2+ a fait des acquisitions ciblées aux États-Unis et en Chine.»
Comme de nombreux participants dans les allées du salon, il se dit «attentif à l’évolution de la situation. Il est difficile de d’établir une stratégie définitive pour le moment». Technomark se prépare à toute éventualité. Par exemple, le groupe pourrait regarder pour se fournir en acier et en aluminium américain tout en gardant sa production en France si une exemption permettait de contourner d’éventuels droits de douane. L’entreprise pourrait aussi réfléchir à réaliser une partie de l’assemblage aux États-Unis. Tout dépendra des mesures adoptées.
Une implantation aux États-Unis à repenser
Le Lorrain, entreprise basée à Heillecourt (Meurthe-et-Moselle), conçoit et fabrique par décolletage toute une gamme de produits autour du gaz et de la flamme comme des chalumeaux. Avec des clients allant des joailliers aux métallurgistes et sidérurgistes, Le Lorrain réalise 35% de son chiffre d’affaires à l’export dans 60 pays. «C’est encore la France la locomotive du groupe, mais nous avons à cœur de faire changer ça d'ici à 5 ans», témoigne la directrice générale Alexandrine Charonnat.
Dans le cadre de cette stratégie d’internationalisation, Le Lorrain a ciblé les États-Unis pour poursuivre son expansion… Un choix acté avant toutes ces incertitudes sur les droits de douane qui bousculent quelque peu les plans de la PME. «Nous regardons maintenant à passer par le Canada», souffle Alexandrine Charonnat. Mais pour séduire le marché américain, «il faut s’implanter un minimum là-bas avec un pôle commerce et un service après-vente.» Le Lorrain imagine aussi faire une partie de l’assemblage de ses produits aux États-Unis si cela lui permet de contourner d’éventuels droits de douane. Et la PME espère profiter, à l’inverse, des droits de douane sur les produits chinois dont les prix vont augmenter. «Cela pourrait inciter les acheteurs américains à se tourner vers nos solutions», ajoute Alexandrine Charonnat.
Un produit de niche
Stil, lauréate d’une récompense à Global Industrie pour son système Profilo, réfléchit aussi à divers scénarios. La PME basée à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), spécialisée dans les capteurs optiques utilisés pour contrôler les jonctions sur les puces électroniques, réalise plus de 80% de ses ventes à l’export notamment en Asie, mais aussi un peu aux États-Unis. «Dès qu’on entre dans une logique de guerre commerciale, même s’il subsiste de nombreux doutes sur ce qui pourrait être mis en œuvre, cela nous pénalise», déclare son directeur général Cosimo Corleto.
«Si les droits de douanes augmentent, pour l'instant cela est compensé par la baisse de l’euro par rapport au dollar», explique Cosimo Corleto car les États-Unis ne sont pas le marché le plus stratégique pour la PME. Mais cela pourrait devenir un problème «si l’euro se redresse». Pour l’instant, Stil observe ce qui se passe. «Nous allons voir comment réagissent nos clients et s’ils nous demandent de faire un effort commercial ou d’adapter nos prix, détaille encore le directeur général. Mais notre produit offre une valeur ajoutée importante et nous avons peu de concurrents.» Être présent sur un marché de niche limite les risques.



