Dirigeant d'entreprise, si vous aviez anticipé que le monde d'après serait peu ou prou le même que celui d'avant, préparez-vous à de grandes déceptions parmi les salariés et notamment les cadres. Selon une étude réalisée par Odoxa en partenariat notamment avec L'Usine Nouvelle(1), 78 % des Français considèrent que l'entreprise doit changer. La proportion atteint même 89 % chez les cadres.
Le bureau personnel plébiscité
Mauvaise nouvelle pour les salariés. Sans être devin, on peut douter qu'ils aient à l'avenir l'aménagement de l'espace de travail qu'ils préfèrent, celui dont ils ont la meilleure image : le bureau individuel recueille 78 % des suffrages (les Français interrogés en ont une bonne image), devant les espaces de coworking (67 %). L'open space (le plateau ouvert) obtient un score plus mauvais encore que celui du flex office (l'espace de travail sans bureau attitré), avec 44 % (contre 49 % pour le bureau partagé) de personnes en ayant une bonne image. L'open-space est le seul aménagement qui est majoritairement mal vu (54 % des Français).
Outre les désagréments connus des espaces ouverts et collectifs (le bruit, le sentiment de surveillance), les bonnes grâces accordées au bureau individuel sont vraisemblablement liées au climat sanitaire. On peut faire l'hypothèse qu'en période de pandémie, les Français se sentent plus en sécurité dans "leur" bureau que dans un espace ouvert.
Une question de temps ?
Parmi les enseignements de cette étude, on notera que la bonne image du bureau individuel et, dans une moindre mesure, du coworking est relativement partagée, quel que soit l'âge des répondants. Il en va différemment pour le flex office et l'open space. Les plus jeunes en ont plutôt une bonne image. Ainsi, 69% des 18-24 ans ont une image positive de l'open space et 67% du flex office. Ensuite, patatras! Tout dégringole. Chez les 25-34 ans, les scores tombent à 48% et 57% respectivement, pour finir avec des taux d'image positive de 34% et 44% chez les 50-64 ans.
Il sera intéressant, à l'avenir, de voir comment évoluent ces images. Est-ce que les plus jeunes changeront d'avis en vieillissant - à mesure qu'ils expérimenteront des formes d'organisation de l'espace de travail testées dans ce sondage ? Ou bien le changement est-il d'ordre générationnel et, le temps passant, open space et flex office acquerront une meilleure image? Tenez bon les entreprises, vers 2050 ça devrait aller mieux pour l'open space ! Sauf si les pandémies se multiplient...
Priorité à la proximité et aux collègues
Si l'espace de travail est important, il ne fait pas tout. Ainsi, Odoxa a demandé aux Français quels étaient les trois principaux facteurs qui faisaient qu'ils se sentaient bien au travail. Et les résultats ne devraient pas trop vous surprendre... L'entreprise reste d'abord un espace d'interaction sociale, de rencontre avec les autres. Le collègue reste ce qui fait qu'on est bien ou pas. Interrogées sur les facteurs positifs ou négatifs, 56% des Français citent "l'ambiance au travail", ce qui en fait la réponse la plus citée, et 43% la relation avec les collègues (troisième réponse). Qui s'étonnera de ce résultat, après une année où les relations sociales ont été complexes en raison de la pandémie, entre ceux qui ne pouvaient pas aller au bureau, ceux qui ne voulaient pas par peur de la contamination et tous ceux qui y sont allés en respectant les gestes barrières?
Entre les deux, avec 50 % des réponses, arrive le salaire. Rien d'étonnant en cette période tourmentée et d'incertitude économique. Ce que confirme la quatrième place, occupée par "la stabilité de l'emploi" avec 33 % des réponses. A l'inverse, le podium des réponses les moins données est aussi révélateur : la relation avec le manager (13%), les possibilités de mobilité interne (8%) et la culture d'entreprise (5%).
Bonne ambiance exigée
Odoxa a enfin demandé aux Français quelles étaient leurs attentes vis-à-vis des dirigeants d'entreprises et des représentants du personnel pour le monde d'après. On ne pourra pas dire, dans ce domaine, les Français manquent de cohérence. Au contraire, leurs réponses à cette question sont alignées avec les précédentes. En tête arrive une meilleure ambiance au travail, réclamée par 54 % des Français et 51 % des salariés. Suivent la flexibilité et l'aménagement du temps de travail, cité par 42 % des salariés, et des accords sur le télétravail pour en étendre les possibilités (41 %). Faut-il voir dans cette réponse le signe que si l'entreprise ne veut pas donner un bureau individuel aux salariés, ces derniers le trouveront à domicile ?
Plus inquiétantes sont les réponses les moins citées : la digitalisation de l'entreprise et un renforcement de la politique de RSE. Après une crise qui a affecté la santé des Français, ces derniers sont davantage tournés pour le moment vers leur bien-être que vers les grands enjeux économiques et environnementaux. Faut-il y voir une envie de rester dans un cocon dans le monde d'après, entouré de ses collègues ? Décidément, la pandémie aura changé les mentalités en profondeur.
(1) Etude Odoxa pour Leyton, Dentsu Consulting, BFM, L'Usine Nouvelle, Stratégies et 01net auprès d'un échantillon de 1005 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus par la méthode des quotas (sexe, âge, niveau de diplôme et profession). Enquête réalisée via Internet les 10 et 11 mars 2011.



