EDF va pouvoir reprendre la construction de la centrale électrique du Larivot, près de Cayenne, en Guyane. Après une décision du tribunal administratif de Guyane d'avril 2021 annulant l’autorisation environnementale du projet, la Cour administrative d’appel de Bordeaux a validé le permis de construire, suspendu en juillet 2021. Un soulagement pour EDF SEI, qui gère le réseau guyanais, la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), mais aussi les autres opérateurs énergétiques de la région.
Pilotable, la centrale du Larivot est indispensable, selon EDF, pour absorber les pointes de consommation de l’agglomération de Cayenne, où vivent 50 % des quelque 300 000 habitants de la Guyane. Elle doit surtout remplacer la centrale thermique historique au fioul lourd de Dégrad des Cannes, vieille de 40 ans, qui devait impérativement fermer fin 2023. De plus, l’arrêt du projet Larivot en juillet 2021 sous la pression d’associations écologistes, notamment Guyane Nature Environnement, avait tendu les relations entre EDF SEI et les opérateurs d’énergies renouvelables présents en Guyane, comme Voltalia, Idex, ou TotalEnergies. Ces derniers considéraient en effet le projet Larivot comme surdimensionné, voire inutile, les énergies renouvelables pouvant selon eux assurer la sécurité d’approvisionnement. La relance du chantier devrait détendre l’atmosphère.
Encore 4 ans de travaux
Mais avec le retard pris, la centrale de Larivot n’entrera pas en service avant 2027. EDF va donc devoir prolonger celles de Dégrad des Cannes d’ « au moins trois ans », au prix de nouveaux investissements sur le circuit de traitement des fumées « de plusieurs dizaines de millions d’euros », explique Martin Voisin, le directeur d’EDF SEI Guyane. La filiale gère le réseau et les unités de production électrique historique thermiques, hydrauliques ou solaires, comme la centrale photovoltaïque de Montjoly mise en service en 2015, qui jouxte Dégrad des Cannes. Officiellement, Dégrad des Cannes pourra maintenant fonctionner jusqu’en 2030.
Une sage précaution, car EDF n’est peut-être pas au bout de ses peines avec la centrale du Larivot. D’abord parce que les associations écologistes peuvent encore se pourvoir en cassation après la décision de la cour de Bordeaux. Ensuite parce que le chantier de la nouvelle centrale électrique de 120 MW, avec 7 moteurs diesel Wärtsilä de 17 MW, ne va pas pouvoir reprendre tout de suite. « Rien ne se construit en Guyane pendant la saison des pluies », rappelle à L’Usine Nouvelle Gaëlle Paygambar, la directrice du projet chez EDF PEI (filiale construction en outre-mer d’EDF) fin février. Les engins de chantiers ne reviendront qu’en juillet, après la saison des pluies.

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Le recours à la biomasse liquide mal cadré
Enfin, pour respecter les objectifs climats du territoire, EDF a dû promettre en 2019 de faire tourner sa nouvelle centrale à la biomasse liquide à la place du fioul léger prévu initialement. Une première. Sauf que l’approvisionnement en biofioul n’est pas cadré. En attendant qu’une hypothétique filière de production locale soit développée pour atteindre l’objectif d’autonomie énergétique prévu normalement en 2030 dans la loi de 2015, le biofioul sera produit « à base d’huile de colza française ou européenne, pour respecter la directive européenne RED II », avance, encore vague, Gaëlle Paygambar. Surtout, cette solution permettrait à la centrale de respecter la réglementation européenne en terme d’émissions si elle entre en service avant 2026, mais peut-être pas après, alerte la CTG.
Pour EDF, la centrale du Larivot représente un investissement « de l’ordre de 500 millions d’euros, dont 130 millions contractés auprès d’entreprises guyanaises », selon Gaëlle Paygambar. Le chantier créera 1 500 emplois directs et indirects. Pendant l’exploitation, prévue pour au moins 25 ans, elle emploiera une centaine de personnes.



