En difficulté, EDF accuse une perte exorbitante de 5,3 milliards d’euros au premier semestre 2022

Le groupe énergétique français EDF essuie une perte conséquente de 5,3 milliards d’euros au premier semestre 2022, malgré un chiffre d’affaires en hausse. Volatilité des prix sur le marché, bouclier tarifaire mis en place par le gouvernement, faible disponibilité du parc nucléaire français sont autant de sujets qui n’ont pas aidé les comptes de l’électricien.

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Jean-Bernard Levy
Le PDG de l’entreprise, Jean-Bernard Lévy, n’a pas caché sa désillusion lors de la présentation des résultats d’EDF à la presse, jeudi 28 juillet.

«Y a-t-il déjà eu dans l'histoire d'EDF un semestre dont les chiffres étaient aussi négatifs? J'ai des doutes». Le PDG de l’entreprise publique, Jean-Bernard Lévy, n’a pas caché sa désillusion lors de la présentation des résultats semestriels d’EDF à la presse, jeudi 28 juillet. Si les difficultés financières d’EDF sont de notoriété publique, l’ampleur des dégâts est en effet considérable. Malgré un chiffre d’affaires en hausse à 66,3 milliards d’euros (+67,2%), les pertes enregistrées par le groupe énergétique, que l’Etat français s’apprête à nationaliser, sont faramineuses : 5,3 milliards d’euros ont été perdus par l’énergéticien français depuis le début de l’année 2022.

«Les résultats du premier semestre traduisent les difficultés rencontrées en matière de production nucléaire en France (154,1 TWh, soit 27,6 TWh de moins qu’au premier semestre 2021) et dans une moindre mesure hydroélectrique (18,9 TWh, en baisse de 5,7 TWh), ainsi que l’effet du bouclier tarifaire mis en place en France pour 2022», a commenté Jean-Bernard Lévy. La forte volatilité des prix de marché exacerbée par la guerre en Ukraine ont également contribué à plomber les comptes de l’électricien, qui a dû se tourner vers le marché pour effectuer des «achats importants à des prix très élevés».

Une dette de 42,8 milliards d’euros

Par ailleurs, l’endettement d’EDF s’établit désormais à 42,8 milliards d’euros. A la fin de l’année 2021, il était de 43 milliards d’euros, mais a été allégé en partie grâce à une augmentation de capital de 3,1 milliards d’euros réalisée par l’Etat en mars 2022. La dette d’EDF pourrait atteindre 60 milliards d’ici la fin de l’année.

A titre de comparaison, l’énergéticien avait connu une bonne année 2021 avec des résultats satisfaisants. Il avait présenté le 18 février un chiffre d’affaires de 84 milliards d’euros et un résultat net de 5,1 milliards d’euros. EDF a notamment profité l’an dernier des prix hauts de l’énergie au second semestre et d’une hausse de production dans les renouvelables à l’international.

Les renouvelables gardent le vent en poupe

«Les investissements se poursuivent à un rythme soutenu de manière à conforter le groupe en tant que champion de la décarbonation, s’appuyant sur l’efficacité énergétique, la production nucléaire et la production renouvelable», a commenté Jean-Bernard Lévy. La progression du portefeuille de projets éoliens et solaires du groupe s’établit désormais à 82 GW, en hausse de 9% par rapport à la fin de l’année 2021.

Ce grâce à différents projets, en Inde (projet solaire au Rajasthan) et aux États-Unis (trois projets solaires et de stockage remportés à New York). Par ailleurs, le parc éolien en mer de Saint-Nazaire a produit en juin ses premiers mégawattheures. Dans l’ensemble donc, de «bons résultats qui prouvent notre croissance dans les énergies renouvelables», s’est réjoui Jean-Bernard Lévy. Dans ce contexte, «la production d’EDF Renouvelables s’élève à 10,8 TWh (+ 2,0 TWh), grâce aux mises en service de nouvelles capacités en 2021 et 2022», précise le communiqué de presse d’EDF.

La corrosion sous contrainte reste un problème

Le temps n’est pas au beau fixe concernant le nucléaire. Depuis plusieurs mois, EDF doit faire face à une faible disponibilité de son parc, notamment en raison de problèmes de corrosion sous contrainte. Des expertises ont été menées sur les réacteurs les plus à risque pour déterminer la cause du phénomène, constaté pour la première fois à la fin de l’année 2021 sur le réacteur 1 de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne). Dans un communiqué publié le 27 juillet, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a salué la stratégie d’EDF et des premiers résultats «encourageants».L’ASN s’inquiétait toutefois que le contrôle du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Belleville, prévu en 2024, soit «trop tardif». Lors de la présentation de ses résultats semestriels, EDF a assuré «prendre note de la position de l'ASN sur le réacteur Belleville 2 et étudier un nouveau programme d'inspection pour ce réacteur».

La recherche d'un nouveau dirigeant patine

On apprenait par ailleurs jeudi 28 juillet dans l'après-midi dans Les Echos que l'Etat, visiblement en difficulté pour trouver un successeur à Jean-Bernard Lévy, envisage de déplafonner la rémunération des patrons d'entreprises publiques, fixée à 450 000 euros par un décret de juillet 2012. Objectif : rendre le poste plus attractif. Contacté par L'Usine Nouvelle, le ministère de l'Economie n'a pas souhaité commenter cette information.

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