On en oublierait presque que les résultats 2021 d’EDF sont bons. Alors que 2022 et 2023 s’annoncent de plus en plus compliquées en terme de production nucléaire pour l’électricien national, le groupe a présenté le 18 février un chiffre d’affaires de 84 milliards d’euros et un résultat net de 5,1 milliards d’euros. EDF a notamment profité des prix hauts de l’énergie au second semestre et d’une hausse de production dans les renouvelables à l’international.
EDF a même exécuté ses plans de cessions et de réduction de coûts lancés en 2020 pour compenser les effets de la pandémie, avec un an d’avance et en faisant même mieux que prévu. EDF a cédé pour 3 ,7 milliards d’actifs, dans le nucléaire aux États-Unis, le gaz au Royaume-Uni et l’exploration production pétrolière de sa filiale Edison, ainsi que des biens immobiliers, soir davantage que les 3 milliards visés.
Las, un défaut inédit de corrosion sous contrainte sur les circuits de secours de plusieurs de ses réacteurs faisant chuter à des plus bas historiques (autour de 300 TWh) la production nucléaire en 2022 et 2203 et les mesures exceptionnelles prises par le gouvernement pour juguler la hausse des factures de l’énergie, devraient respectivement grever l’Ebitda d’EDF cette année de 11 et 8 milliards d’euros (dont 3,5 milliards pour racheter sur les marchés les 20 TWh d’Arenh supplémentaires). L'Ebitda du groupe était de 18 milliards en 2021. Or les prix hauts de l’énergie ne devraient compenser ces manques à gagner que de 6 milliards d’euros.
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Pour passer la rampe, EDF va réaliser une augmentation de capital de 2,5 milliards d’euros. L’Etat, qui détient 83,89 % des parts du groupe, va souscrire à hauteur d’environ 2,1 milliards d’euros «pour tenter de maintenir une notation triple B des agences de notations », et permettre à EDF de « lever de la dette dans les meilleures conditions » pour faire face aux investissements nécessaires en vue de lancer la construction de 6 nouveaux réacteurs EPR et accélérer dans les renouvelables. Une feuille de route annoncée par le président de la République le 10 février à Belfort.
Pour soutenir les finances du groupe, dont la dette a encore crû en 2021 à 43 milliards d’euros, l’État devrait aussi, comme il l’a déjà fait plusieurs fois ces dernières années, convertir les dividendes 2021 en actions. Ce sera probablement encore le cas en 2022 et 2023. L’État avait aussi souscrit 40 % (960 millions d’euros) de la dernière levée de fonds de 2,4 milliards d’obligations convertibles, prévue dans le plan d‘EDF face à la crise sanitaire.
Budgéter la prolongation des centrales
EDF a également proposé un nouveau plan de cessions d’actifs de 3 milliards d’euros sur la période 2022-2024, pour tenter de réduire la dette, mais aussi pour continuer à recentrer le groupe sur la production d’électricité décarbonée. « Les annonces d’Emmanuel Macron le 10 février à Belfort nous positionnent comme un acteur majeur de l’électrification pour mettre fin aux usages des énergies fossiles. Nous devons avoir les moyens de les mettre en oeuvre », a expliqué Jean-Bernard Lévy à l’occasion de la présentation des résultats 2021.
lI s’agit pour EDF, non seulement de financer la construction de six nouveaux ERP2 qui couteront au minimum 51,7 milliards d’euros hors couts de financement, mais aussi de prolonger au-delà de 50 ans l’intégralité de son parc nucléaire alors que 12 réacteurs devaient être arrêtés d’ici à 2035. Or rien n’est prévu pour l’instant. EDF n’a budgété le grand carénage, pour maintenir et prolonger les centrales à 50 ans, que jusqu’à 2025. Or les visites et travaux doivent se poursuivre jusqu’en 2030 au moins, sans parler des coûts supplémentaires pour réparer le défaut de corrosion sur le circuit de secours. EDF promet un nouveau plan de financement. Et c’est sans parler de l’accélération dans les renouvelables en France notamment sur l’éolien en mer. EDF construit déjà 3 des 4 premiers parcs français et a gagné celui de Dunkerque.
Se recentrer sur la France ?
Évidemment, l’augmentation de capital et les nouvelles cessions ne vont bien pas suffire à EDF pour affronter le mur d’investissements qui s’élève de plus en plus haut devant lui. La question de la nationalisation de l'énergéticien est donc de nouveau plus que jamais sur la table. Mais pour la faire accepter par Bruxelles tout en restant un groupe intégré, EDF va devoir scinder de manière complètement étanche les activités concurrentielles. Des actifs renouvelables à l’international pourraient d’ailleurs être cédés dans le cadre du nouveau plan de cession de 3 milliards, a laissé entendre Bercy. EDF, qui ne voulait pas être reléguée en seconde zone face à ses grands concurrents comme ENI ou Iberdrola, va peut-être devoir se résoudre à se recentrer sur la France. Là où l’État actionnaire a besoin de lui pour mener sa transition énergétique en maitrisant la facture des Français.



