EDF l’a calculé. Entre la baisse annoncée de sa production électronucléaire à moins de 300 TWh en raison d'un problème inédit de corrosion sur plusieurs réacteurs, et les mesures exceptionnelles prises par le gouvernement pour juguler la hausse des factures de l’énergie, l’Ebitda d’EDF, qui était de 18 milliards d’euros en 2021, sera amputé de plus de 26 milliards d’euros en 2022, dont 16 milliards dus à la perte de production et 10,2 milliards dus au bouclier tarifaire.
EDF, qui estimait mi-février à 3,5 milliards d’euros le coût du rachat sur les marchés des 20 TWh d’Arenh supplémentaires qu’il va devoir vendre aux fournisseurs alternatifs, a révisé ce montant à la hausse suite à la publication du décret de la Commission de régulation de l’énergie qui en fixe les règles. Mais une partie de cette perte serait « théorique », selon Bercy, et uniquement liée au manque à gagner sur les ventes d’énergie. Les prix hauts de l’énergie ne devraient compenser que 6 milliards d’euros sur ce manque à gagner, estimait EDF mi-mars.
26 milliards en moins sur l'Ebitda en 2022
Pour EDF, c'est une très mauvaise nouvelle, alors que le nouveau retard sur la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) et les surcoûts sur la maintenance sur le parc nucléaire historique ont encore augmenté la dette de l’électricien à 43 milliards d’euros. Et EDF doit rassurer les marchés pour financer la construction de six nouveaux ERP en France, évaluée à 51,7 milliards.
Or, comme c’est le cas pour le coût annoncé pour Flamanville 3 (12,7 milliards d'euros), ce montant s’entend hors coûts de financement, desquels dépendront les coûts d’exploitation, et donc de production du nouveau nucléaire. Selon une première estimation de cabinets d’audit mandatés par l’État, le coût actualisé du mégawattheure des premiers EPR2 serait de 40 euros par mégawattheure (€/MWh) pour un coût du capital de 1%, de l’ordre de 60 €/MWh à 4% et de 100 €/MWh à 7%. Des taux qui dépendront de la confiance des investisseurs dans la capacité d’EDF à mener ses chantiers à bien et dans les temps.
Un plan d'action peu convaincant
Pour survivre à 2022 et rassurer les marchés, EDF a donc lancé vendredi 18 mars une nouvelle augmentation de capital de 3,1 milliards d’euros que le gouvernement, actionnaire à 83,88%, souscrira à hauteur de 2,654 milliards. Pour renflouer les comptes du groupe, l’État devrait aussi, encore une fois, renoncer à percevoir ses dividendes en les convertissant en actions. Pour résorber un peu sa dette, EDF a enfin annoncé un nouveau plan de cession de 3 milliards d’euros. Des actifs renouvelables à l’international pourraient être cédés, a laissé entendre Bercy. Ce qui permettrait à EDF de se recentrer sur la France et faciliterait une très probable renationalisation. Un plan qui n’a pas convaincu. Deux agences de notation ont annoncé rétrograder la note d’EDF.



