L’année 2021 s’était pourtant bien finie pour l’électricien national. La construction de réacteurs nucléaires était enfin actée, et l’envolée des prix de gros de l’énergie laissait présager un bon bilan financier. Las, début janvier, EDF annonçait devoir repousser encore de six mois, à fin 2023, la mise en service l’EPR de Flamanville (Manche). Surtout, il se voyait contraint d’arrêter les quatre réacteurs les plus puissants du parc à Civaux (Vienne) et Chooz (Ardennes), à la suite de la découverte d’un problème de « corrosion sous contrainte » sur la tuyauterie du circuit primaire.
Un défaut jugé « sérieux » par l’Autorité de sûreté du nucléaire, qui a aussi été détecté sur celui de Penly 1 (Seine-Maritime), d’une génération antérieure. De quoi obliger EDF à déclencher un réexamen de tous les comptes-rendus de contrôles réalisés sur ce type de circuit sur l’ensemble du parc. Examens qui pourraient entraîner d’autres arrêts de réacteurs. Or, les opérations de grand carénage, afin de prolonger à 50 ans les réacteurs les plus anciens, grèvent déjà la disponibilité du parc.
Déjà 8 réacteurs à l'arrêt
En conséquence, EDF a déjà dû réviser deux fois à la baisse les prévisions de sa production électronucléaire pour 2022. La première fois, le 13 janvier à 300-330 térawattheures (TWh), contre 330-360 TWh auparavant et environ 400 TWh en temps normal. Le même jour, le gouvernement lui a demandé d’augmenter, à titre exceptionnel, de 20 TWh le volume d’Arenh (l’accès régulé à électricité nucléaire historique), pour limiter la hausse des prix de l’énergie pour les particuliers et les entreprises. Une mesure qui coûtera près de 8 milliards d’euros d’Ebitda à EDF.
Comme on pouvait le craindre, EDF n’a pas tardé à identifier d’autres réacteurs pouvant être touchés par ce problème de corrosion sous contrainte, l’obligeant le 7 février à réviser à nouveau à la baisse, à 295-315 TWh, sa production électronucléaire pour 2022. Afin d’effectuer les contrôles nécessaires, EDF va en effet devoir trois réacteurs nucléaires supplémentaires, Chinon 3, Cattenom 3 et Bugey 4. Les arrêts sont programmés à partir du 19 février, 26 mars et 9 avril. Ce ne seront les seuls. EDF prévoit également d'arrêter Bugey 3 et Flamanville 1 et 2, respectivement les 28 avril, 25 mars et 12 février, pour contrôle, selon notre confrère Enerpress.
Et au moins 43 arrêts courant 2023
EDF le craint également. Le 11 février, l’électricien a également ajusté sa prévision de production nucléaire pour 2023 à 300-330 TWh, contre 340-370 TWh précédemment. Il le justifie d’une part, par « un programme industriel chargé, avec 43 arrêts de réacteurs pour maintenance et contrôle, dont 6 visites décennales, auxquels s’ajoutent 4 arrêts programmés démarrés en 2022 qui se poursuivront en 2023 ». Mais également par « la poursuite du programme de contrôles et de réparations des tuyauteries potentiellement concernées par le phénomène de corrosion sous contrainte, dont l’instruction se poursuit ».
Augmentation de capital et cession d'actifs
Pour rassurer les marchés financiers, le 18 février, EDF a annoncé une augmentation de capital de 2,5 milliards d’euros. L’État actionnaire y souscrira à hauteur de 2,1 milliards d’euros. Objectif : «tenter de maintenir une notation triple B des agences de notations», et permettre à EDF de «lever de la dette dans les meilleures conditions». Une aide indispensable pour faire face aux investissements nécessaires afin de lancer la construction de six nouveaux réacteurs EPR et accélérer dans les renouvelables, notamment l'éolien en mer, comme annoncé par le président de la République le 10 février à Belfort, a expliqué le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. EDF va également procéder à 3 milliards d’euros de cession d’actifs entre 2022 et 2024. Enedis ne serait pas concerné, assure Bercy, qui parle plutôt de ventes d’actifs renouvelables à l’international.



