"En deux semaines, dix trimestres de hausse consécutive de l’emploi salarié ont été effacés, une chute inédite depuis 1970", constate Vladimir Passeron, chef du département de l’emploi et des revenus d’activité à l’Insee. Lors de sa présentation de l’édition 2020 du numéro d’Insee Références Emploi, chômage, revenus du travail, l’Institut national de la statistique a livré quelques premiers éléments chiffrés des effets de la crise sanitaire sur le premier trimestre 2020.
En deux semaines donc - les dernières de mars -, un demi-million d’emplois ont disparu, 318 000 emplois intérimaires et 170 000 hors intérim. Et entre février et mai, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) a augmenté de 920 000. Signe que ce sont les emplois précaires qui ont été les plus touchés, "la moitié de cette hausse s’explique par la bascule en catégorie A des demandeurs d’emploi des catégories B et C", ceux qui travaillent un peu pendant le chômage, explique Vladimir Passeron.
Commerçants, employés, ouvriers
La baisse du taux de chômage au premier trimestre 2020, à 7,8% au lieu de 8,1%, est donc en trompe-l’œil : c’est parce que les personnes sans emploi ont déclaré qu’elles n’étaient pas immédiatement disponibles pour travailler, qu’elles n’ont pas été comptabilisées comme demandeurs d’emploi. Du coup, c’est le halo autour du chômage - les personnes sans emploi qui aimeraient travailler mais ne sont pas disponibles - qui augmente fortement durant la seconde quinzaine de mars.
Un autre indicateur montre l’impact du confinement sur l’activité du pays : le nombre d’heures travaillées en mars 2020 est inférieur de 36% à celui de mars 2019. Ce sont les commerçants, artisans et professions libérales qui ont le plus perdu d’heures de travail (-55%). Chez les salariés, ce sont les employés (-53%), suivis des ouvriers (-45%) et des professions intermédiaires (-32%). Les heures de travail des cadres n’ont diminué que de 18% entre mars 2019 et mars 2020.
Logiquement, la masse salariale a chuté, de - 7% en mars par rapport à mars 2019, et de - 25% en avril. Mais le recours massif à l’activité partielle et aux arrêts maladie pour garde d’enfants a augmenté quasiment dans les mêmes proportions. "Il y a donc eu un faible recul du pouvoir d’achat pendant le confinement" conclut Vladimir Passeron.
Un marché du travail en plein rebond en 2019
Cet impact violent de la crise sur l’emploi arrive à un moment où le marché du travail était très bien orienté en 2019, avec 270 000 créations nettes d’emplois salariés privés – plus qu’en 2018, moins qu’en 2017, ou 359 000 avec l’emploi non salarié et l’emploi public. La qualité de ces emplois s’est également améliorée, avec moins de contrats courts et moins de temps partiels. Fin 2019, trois emplois sur quatre sont des CDI ou des postes de fonctionnaires. Le taux d’activité des seniors a poursuivi sa hausse régulière (+ 25 points depuis 2000). Enfin, le taux de chômage a atteint 8,4% de la population active en moyenne sur l’année, son plus bas niveau depuis 2009.
Effet d'aubaine de la prime Pepa
Avec le ralentissement de l’inflation et la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (Pepa), le pouvoir d’achat des salariés du privé a nettement augmenté, de 1% (- 0,1% en 2018). Selon l’Insee, la prime Pepa a permis, en moyenne, une hausse de 0,3 point des salaires. Mais elle a souvent relevé de l’effet d’aubaine : les salaires ont moins progressé dans les entreprises qui l’ont versée que dans celles qui n’en ont pas fait bénéficier leurs salariés. L’Insee évalue entre 15 et 40 % la part de l’effet d’aubaine dans cette hausse, selon deux modes de calcul différents, dont l’un minore cet effet quand l’autre le surévalue. L’impact de la prime Pepa serait donc moindre que ne le montre la hausse des salaires.
C'est le 13 août que l'Insee publiera ses données sur l'emploi au deuxième trimestre 2020. L'impact du confinement y sera autrement plus important que durant les deux semaines du premier trimestre.



