Chronique

En Bretagne, comment les frères Le Lay ont creusé leur sillon à la Distillerie des Menhirs

Dans le Finistère, Erwan, Kévin et Loig Le Lay dirigent la Distillerie des Menhirs, connue pour ses whiskies Eddu. Leur père les a progressivement intégrés dans l’entreprise, avant de leur confier les rênes il y a dix ans.

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Kévin, Erwan, Loig Le Lay
Un management en trio à la Distillerie des Menhirs.

Entre 2014 et 2024, le chiffre d’affaires de la Distillerie des Menhirs est passé de 2,4 millions à 4,6 millions d’euros. Une performance qui signe un passage de flambeau réussi au sein de cette PME de 15 personnes basée à Plomelin (Finistère). Issu d’une famille de distillateurs ambulants depuis 1921, son fondateur, Guy Le Lay (1947-2023), s’est implanté sous la forme d’une distillerie fixe en 1986. Il a misé sur les produits à base de pomme, avant de lancer en 2002, au terme de quatre ans de travail, les premières bouteilles d’Eddu. Une marque de whiskies à base de blé noir qui représente aujourd’hui 80% des ventes de l’entreprise.

Les trois fils de Guy Le Lay sont à la tête de la distillerie. Erwan, né en 1974, en est le responsable de la production; Kévin, né en 1978, assure la direction de la cave et la direction générale, tandis que Loig, né en 1981, est directeur commercial et export. «Mon père a réussi à intégrer ses trois enfants, sur trois secteurs différents», se félicite Loig Le Lay, entré dans l’entreprise en 2004 après un BTS force de vente et un BTS technico-commercial. Erwan a rejoint l’entreprise en 1996 à l’issue d’un BTS agricole, tandis que Kévin est arrivé au tournant des années 2000, après des études de commerce.

En 2008, Guy Le Lay leur a transmis l’entreprise, et a continué à les aider jusqu’à 2014. Une nouvelle qui n’était pas une surprise pour l’équipe de la distillerie : «la légitimité, cela se gagne aussi de la part des salariés. Mon père avait décelé mon intérêt pour le commerce, et les employés m’ont vu grandir. Idem pour Erwan et Kévin, qui ont aussi appris sur l’entreprise auprès de mon père», narre Loig Le Lay.

Des gammes redéfinies

Après avoir parfait leur connaissance de la distillerie, les trois frères ont commencé, en 2015, à en faire bouger les lignes. «Nous avons commencé à voir l’essor de beaucoup de producteurs de whiskies français», précise Loig Le Lay. Un travail a donc été mené pour créer de nouvelles références de produits, de nouvelles bouteilles pour le whisky, de nouveaux packagings, et en séparant les gammes à destination des cavistes et de la grande distribution.

Progressivement, la gamme permanente d’Eddu est passée de trois à six produits (dont Dorn ha Dorn, lancé cette année) et, à destination de la grande distribution, de deux à trois références nommées Grey Rock. Les ventes s’effectuent toujours à 80% en Bretagne. Les ventes de whisky (80% du total) charrient dans leur sillon les ventes de produits à base de pommes, de pommeau et de lambig, se satisfait l’équipe de la PME. 170000 bouteilles de whisky sont écoulées chaque année.

Un marché plus tendu

Pour prendre leurs décisions, les trois dirigeants n’ont pas besoin de Zoom ou de Teams, puisqu’ils habitent chacun à moins de cinquante mètres de la distillerie. «Nous nous voyons tout le temps, même le week-end», s’amuse Loig Le Lay. Ce qui n’empêche pas la tenue de réunions mensuelles plus formelles.

Parmi leurs sujets de préoccupation, figure un léger recul du marché du whisky, inflation oblige, et la concurrence accrue d’autres distilleries. Le prix de la principale référence, Eddu Silver, a été abaissé. «On n’a pas vocation de doubler notre chiffre d’affaires tous les ans», ajoute Loig Le Lay, qui rappelle que la ressource en blé noir est limitée. La croissance a ses limites.

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