La France manquera-t-elle d'énergie d'ici quelques mois ? Un scénario catastrophe impossible à écarter complètement, tant les tensions qui pèsent sur l'approvisionnement électrique du pays sont fortes. La situation est d'autant plus préoccupante que l'énergéticien EDF a indiqué jeudi 25 août qu'il comptait prolonger de quelques semaines l'arrêt de quatre réacteurs nucléaires. Selon le nouveau calendrier prévisionnel du groupe, les réacteurs 1 et 4 de la centrale de Cattenom (Moselle) devraient être reconnectés au réseau électrique respectivement les 1er et 14 novembre. Le réacteur numéro 3 sera quant à lui redémarré le 11 décembre et il faudra ensuite attendre le 23 janvier pour la remise en service de la tranche numéro 1 de la centrale de Penly (Seine-Maritime).
Dans un communiqué, EDF explique que ces nouveaux retards sont dus à « une meilleure estimation » du temps nécessaire à mener les investigations et travaux de réparation liés aux problèmes de corrosion. Détectée pour la première fois mi-décembre sur le réacteur numéro 1 de la centrale de Civaux (Vienne), cette anomalie se traduit par des micro-fissures au niveau des soudures des coudes des tuyauteries d’injection de sécurité (RIS) reliés au circuit primaire, qui servent à refroidir le réacteur en cas d'accident. Les vérifications du groupe ont permis d'établir que cette irrégularité affectait également plusieurs réacteurs des centrales de Chooz (Ardennes) et Penly et pourrait en concerner d'autres. Fin juillet, l'Autorité de sûreté nucléaire a d'ailleurs validé la stratégie de contrôle par ultrasons de l'entreprise, qui devra inspecter la totalité de son parc d'ici à 2025.
Eviter les pénuries cet hiver
Malgré ces nouveaux délais, EDF maintient son estimation de production nucléaire pour 2022 entre 280 et 300 térawattheures (TWh), après l'avoir déjà revue à la baisse plusieurs fois au cours des derniers mois. Celle-ci devrait déjà atteindre cette année un niveau historiquement bas, alors qu'elle est censée dépasser les 400 TWh en temps normal. Entre les opérations de maintenance prévues de longue date et les interruptions engendrées par les problèmes de corrosion, 32 des 56 réacteurs nucléaires étaient à l'arrêt jeudi 25 août.
Cette production morose explique en partie la récente explosion du prix de l'électricité. Le mégawattheure pour livraison l'an prochain se vend désormais autour de 900 euros, contre moins de 100 euros il y a un an et moins de 50 euros habituellement les années précédentes. La flambée est également due aux conséquences de la guerre en Ukraine, qui contraint l'Europe à trouver des alternatives au gaz russe, dont elle dépendait jusqu'alors à 40%. Moins exposée que ses voisins, la France a annoncé jeudi avoir rempli ses stocks de gaz à 90% et vise toujours les 100% d'ici à novembre. L'objectif consiste à éviter une pénurie cet hiver, une situation qui obligerait le gouvernement à mettre en place des solutions de délestage.



