Quatre centrales nucléaires se sont vues octroyer une dérogation temporaire aux règles environnementales jusqu’au 24 juillet pour rester en activité en dépit de la canicule. Assurer une puissance minimale pour les centrales du Blayais (Gironde), de Golfech (Tarn-et-Garonne), de Saint-Alban (Isère) et de Bugey (Ain) est en effet jugé « indispensable à la sécurité du réseau électrique » par le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE), et une « nécessité publique » selon le ministère de la Transition écologique, justifie l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans un communiqué.
L’approvisionnement électrique français est en effet sous tension, alors que 29 des 56 réacteurs nucléaires du pays sont actuellement à l’arrêt en raison des programmes décennaux de maintenance mais aussi de problèmes de corrosion. La hausse des températures, qui influe sur les niveaux d'eau des barrages hydroélectriques, représente un autre facteur majeur : d’après le journal Le Monde, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) enregistre ainsi une baisse de 25% de sa production d’hydroélectricité par rapport à la moyenne historique. «Les conditions climatiques et hydrauliques exceptionnelles rencontrées cet été conduisent à une élévation inhabituelle de la température de certains cours d’eau», écrit l’ASN.
Les valeurs limites sur la température pas respectées
Dans ce contexte caniculaire, « les valeurs limites sur la température des rejets liquides pourraient ne pas être respectées », poursuit l’Autorité. Ces valeurs sont fixées par l’ASN, centrale par centrale, en fonction de leur environnement. Une centrale nucléaire prélève dans un cours d’eau ou dans la mer l’eau nécessaire au refroidissement de ses réacteurs. Celle-ci est ensuite rejetée dans la nature à une température plus élevée, soit après refroidissement dans des tours aéroréfrigérantes (circuit fermé), soit directement (circuit ouvert).
La température de la mer ou du cours d’eau peut donc augmenter de quelques dixièmes de degrés, dans le cas d’un circuit fermé, à plusieurs degrés, dans celui d’un circuit ouvert. « Les réacteurs de la centrale nucléaire du Bugey effectuant des rejets d’effluents dans le Rhône, peuvent, pendant la période fixée […], continuer à pratiquer ces rejets tant que l’échauffement après mélange des effluents dans le Rhône […] ne dépasse pas 3°C en valeur moyenne journalière », précise l’arrêté publié au Journal officiel.
Une dérogation accordée une seule fois jusqu’alors, en 2018
« La demande d’EDF est acceptable au regard du retour d’expérience de la surveillance de l’environnement spécifiquement réalisée lors d’épisodes caniculaires antérieurs ainsi que du suivi long terme sur les écosystèmes concernés », assure l’ASN, qui a renforcé les mesures de surveillance de l’environnement pendant la canicule, en particulier celles concernant « la vie piscicole ».
Une telle dérogation, instituée en 2006 suite à la canicule de 2003, n’avait jusqu’à présent été mise en place qu’une seule fois, en 2018, pour une durée de 36 heures. « Le ministre peut également prendre une prescription temporaire sur des niveaux de températures encore plus élevés », rappelle Cécile Laugier, directrice prospective et environnement du parc nucléaire d'EDF, aux Echos.
Sur une planète sujette au réchauffement climatique, les associations environnementales craignent que cette dérogation n'en soit plus une. « Il est à redouter qu’avec l’accentuation des canicules ce type de dérogation qui, aujourd’hui, reste encore de l’ordre de l’exception ne devienne la norme », alerte dans les pages du Monde Nicolas Nace, chargé de campagne sur la transition énergétique à Greenpeace France.



