Ecocem anticipe déjà la raréfaction future de ses approvisionnements en laitiers (un mélange issu de la sidérurgie) de hauts-fourneaux. Ce producteur d’origine irlandaise de matériaux de construction (200 personnes, 229 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023), spécialisé dans le broyage de laitier et dans la recomposition de ciments avec du laitier, confirme son souhait de reconfigurer son site de Dunkerque (Nord). L’usine doit doubler de taille à horizon 2026, moyennant 60 millions d’euros d’investissement, selon une estimation communiquée en 2023. Elle y produira un nouveau ciment, baptisé Act.
«Aujourd’hui, nous récupérons des laitiers de hauts-fourneaux : ce qui reste lors de la fabrication de la fonte. On achète ce coproduit de la fonte aux sidérurgistes, on le broie, et on le substitue partiellement au clinker, explique Conor O’Riain, le sémillant directeur général d'Ecocem France et Europe. Il augmente la durabilité du béton, sa résistance, et le rend beaucoup plus blanc. Or, il n’y a pas assez de laitier dans le monde, et la production est amenée à se réduire, d’où le développement d’une technologie qui peut être mise en œuvre avec plusieurs matériaux»,
Un nouveau liant hydraulique
Le ciment (ou un liant hydraulique selon le terme consacré) Act a nécessité 40 millions d’euros d’investissement en R&D au cours de la décennie écoulée. Objectif : réduire à moins de 30% le taux de clinker par rapport à un ciment moyen vendu en France (75%). «Le clinker est le premier levier pour décarboner le ciment dans le béton», martèle Conor O’Riain. Plusieurs options sont possibles pour y parvenir. «Le ciment Act verra sa composition varier selon les cimenteries», poursuit le dirigeant. Ecocem mise notamment sur des fillers calcaires (du calcaire broyé) et des additions minérales, tels que des argiles, des cendres volantes, des fines (les éléments fins) de bétons recyclés ou de la roche pouzzolanique.
Act a été développé au sein du centre R&D d’Ecocem, basé à Champlan (Essonne), en partenariat avec l’ENS Paris-Saclay et l’INSA Toulouse. «La plupart des doctorants et docteurs ne sont pas issus de l’industrie du béton, permettant d’avancer sans a priori», se félicitent les managers du groupe. Pour répondre à sa volonté affichée de contribuer à un abaissement de 50% des émissions mondiales de CO2 liées à l’industrie du ciment d’ici à 2050, Act sera commercialisé sous forme de licences ou de transferts de technologies. Il suit un process de normalisation avec une demande d’évaluation technique européenne suivie par le Centre scientifique et technique du bâtiment.
Une reconfiguration du mix de la production
Pour faire la démonstration d’Act, Ecocem s’appuiera donc sur son site de Dunkerque, ouvert en 2018, où l’entité Ecocem France opère sous forme d’une coentreprise avec ArcelorMittal (présent à hauteur de 49%). Le sidérurgiste, installé à 800 mètres, approvisionne l’usine en laitiers (550000 tonnes cette année, complétés par des achats extérieurs). Il s’agit de l’un des quatre sites de production du groupe (un en Irlande, un aux Pays-Bas, un à Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône). Les nouvelles installations seront construites sur le foncier existant.
Franck Stassi L'activité principale de l'usine de Dunkerque consiste actuellement à broyer du laitier de hauts-fourneaux, qui transite par ce convoyeur. L'usine d'ArcelorMittal (actionnaire d'Ecocem France) est située à 800 mètres.
Actuellement orienté à 80% sur le broyage de laitiers de hauts-fourneaux et à 20% sur la fabrication de ciments composés, le site dunkerquois devrait voir sa production se rééquilibrer entre les deux activités au terme des travaux, d'une durée estimée à 18 mois. Le démarrage de ces derniers est suspendu à l’octroi d’aides françaises et européennes – d’où le refus d’Ecocem d’évoquer un nouveau montant d’investissement.
Franck Stassi 40% du laitier broyé est exporté, principalement à destination du marché britannique. L'usine est située sur le port de Dunkerque (photos: Franck Stassi).
Ecocem fera entrer un nouveau partenaire, CB Green, un fournisseur de calcaire, sous forme d’une nouvelle coentreprise. Le projet consiste en la construction d’un broyeur à filler, d’une capacité estimée à 600 kt par an. Le groupe CB, une entreprise française spécialisée dans le travail du minerai, livre déjà des matériaux sur le port de Dunkerque depuis son site de Leulinghen-Bernes (Pas-de-Calais). Autres changements prévus à Dunkerque : l’augmentation de la capacité de stockage, de mélange, et de chargement de matériaux, ainsi que l’adaptation des infrastructures existantes. 300000 tonnes de ciment Act devraient être produites chaque année à Dunkerque.



